Mad River.

BIOGRAPHIE.

 

MAD RIVER/Yellow Springs (Ohio – USA)

 

Mad river intro

 

Actif entre 1965 et 1969.

Labels:Capitol,Electrorola,Edsel,Sundazed.

Genre:rock psychédélique,acid-rock,country-rock.

 

En avance sur son temps.

Avec Mad River, l'acid-rock de San Francisco tient certainement un de ses plus beaux joyaux, voire le plus brillant. Aujourd'hui encore et plus de 5 décennies après avoir été actif dans la deuxième partie des 60's, la musique de ce groupe, né dans l'Ohio, n'a pas pris une ride.

L'écoute de son album éponyme de 1968 (Mad River), flirtant parfois avec le rock spatial, révèle, plus qu'un groupe étrange, une formation déjà très en avance sur son époque.

Mais pas n'importe quelle formation : une troupe sombre, si sombre que voyager sur sa musique, unique, influencée par le blues, le folk, le jazz avant-gardiste et agrémentée de touches indiennes, peut être faire basculer une banale expérience acide en un bad trip.

Mad river berkeley1967Mad River : de l'Ohio à Frisco.

Mad river mad river lpDe l'acid-rock (Mad River LP)...

Mad river paradise bar and grill...au country-rock (Paradise Bar And Grill).

Mad river brautiganUn groupe influencé par Richard Brautigan.

Mad river jersey slooJersey Sloo, des démos de 1967.

Quand le Sabbath déboule à Haight-Ashbury...

Avec Mad River, on est dans l'environnement du Quicksilver, mais avec des ambiances zarbis, divergentes, des paroles surréalistes et obscures, des voix torturées, chevrotantes, sinistres, parfois lugubres, des jams frénétiques et flippants, des arrangements complexes, des mélodies discordantes... 

On est sur du Sabbath qui aurait débarqué dans les rues de Haight-Ashbury et mis le nez à la fenêtre de l'acid-rock.

Au regard de ce disque, il est difficile de comprendre comment, alors qu'il avait le Graal à portée de main, ce groupe de la Baie, impliqué jusqu'aux oreilles dans la contre-culture ambiante de Frisco, s'est lamentablement croûté et est souvent ignoré à l'heure des bilans du psychédélisme des 60's.

Certes, le LP, auquel il est fait référence ci-dessus, n'a pas eu un accueil critique et commercial à la hauteur de son exceptionnel potentiel, et sa distribution, comme sa promotion, en ont souffert. Ça joue quand on démarre dans le métier...

Trop tôt disparu.

Dans la foulée, Mad River prend une voie plus country-rock tout en conservant quelques intonations psychédéliques.

Malgré, une fois encore, la pertinence de sa reconversion (Paradise Bar & Grill/1969), les gars de Yellow Springs, à l'instar de nombreux autres combos dans la même situation qu'eux, ne tireront aucun bénéfice de ce rebond, d'autant qu'ils se font, en plus, plumer par un impresario véreux.

C'en est trop. Deux ans après des débuts tonitruants, bien que jugés aventureux et un peu trop audacieux par beaucoup, le novateur Mad River, influencé par le Paul Butterfield Blues Band, Country Joe & The Fish et les Youngbloods, dépose les armes à la fin des 60's.

Disparu trop précipitamment, mal géré, Mad River n'a pas eu, en retour, la légitime reconnaissance qu'il est alors en droit d'espérer, comme en atteste son héritage vinylique enregistré pour Capitol.

Les collectionneurs et adeptes d'acid-rock ont, eux, coché ce nom depuis belle lurette…

Né dans l'Ohio...

Mad River se constitue durant le printemps 66 au Collège d'Antioch à Yellow Springs (Ohio) et tient son identité de la rivière qui coule dans cet état. 

A l'image de ce cours d'eau un peu fou, rapide et indomptable, les fondateurs du groupe font le choix de Mad River pour traduire l'état d'esprit jeune et rebelle qui les anime et la musique qu'ils pratiquent, influencée par le blues blanc, en plein essor à cette époque.

Le Mad River Blues Band, formé d'étudiants d'Antioch (excepté Greg Dewey), est alors le groupe du campus. Son répertoire s'appuie sur des reprises de Muddy Waters, Paul Butterfield, Mike Bloomfield et de Jesse Colin Young.

David Robinson (lead guitare), Tom Manning (basse), Lawrence Hammond (chant et harmonica), Greg Druian (guitare rythmique) et Greg Dewey (batterie) forment le line-up d'origine de Mad River, complété, au début de l'année 1967, par Rick Bockner (guitare).

...mais la tête à Frisco.

Le groupe se découvre des affinités (influences orientales, jams prolongées, solos de guitare étirés, paroles anti-système et anti-guerre, idéalisme hippie) avec le rock qui se pratique alors à San Francisco et débarque à Berkeley avec une poignée de démos préalablement enregistrées dans l'Ohio (Dayton), au début de 1967 : Jerry's Tune, Crazy Jane, Timothy, Windchimes et Jersey Sloo.

Sortis sur le label d'Oakland, Wee Records, ces originaux publiés depuis sous le titre Jersey Sloo (Shagrat Records/2010) servent de support au groupe pour se mettre le public san franciscain dans la poche, quand il débarque dans la baie. Déjà, on peut percevoir au travers de cet EP son énorme potentiel...

Adulé des Diggers, influencé par Richard Brautigan...

Mad River commence rapidement à faire du bruit dans le landerneau et s'arroge notamment le public des Diggers, un groupuscule d'anars provocateurs et subversifs évoluant au sein des hippies. Les musiciens rencontrent alors Richard Brautigan avec lequel ils vont se retrouver au cœur même de la contestation et de l'idéalisme hippie.

Avec ce poète et auteur complexe, beat dans tous les sens du terme, Mad River tisse une relation amicale et entame une collaboration qui aura une grande influence sur sa musique.

Engagé dans des actions envers les nécessiteux, Brautigan les inspire et leur assure de quoi manger à une époque où les ohioains ont les poches vides après avoir consacré une partie de l'avance faite par Capitol pour leur premier LP, à financer le livre Please Plant This Book du littéraire. Cet échange de bons procédés renforce les liens entre les deux parties.

...mais convaincu par Nick Venet.

Le contrat avec ce major du disque (Badfinger, le Band, les Beach Boys, Grand Funk Railroad, Steve Miller Band, Pink Floyd, Linda Ronstadt...) est signé en février 1968, au nez et à la barbe de Vanguard Records, lequel délègue Sam Charters en personne pour rafler la mise.

Mais c'est sans compter sur l'habile Nick Venet, l'homme qui a découvert et fait les Beach Boys, dont les arguments achèvent de convaincre les jeunes, ambitieux et capricieux musiciens.

Son offre s'avère séduisante mais, avec le recul, ce partenariat aura été une erreur, Capitol n'apportant pas au groupe le soutien escompté, ne le développant pas comme Dewey et consorts l'avait espéré.

Qui plus est, lors de l'élaboration du premier LP, l'éponyme cité en introduction, le vinyle est victime d'un véritable sabotage au mastering (la bande a été délibérément accélérée pour tenir sur la face de l'album), altérant la qualité du produit final.

Mad river rick bockner portrait

« Les gens de Capitol ne savaient trop quoi faire avec nous. Quand Paradise Bar & Grill est sorti, ils étaient complètement paumés, du fait que nous soyons devenus plus country/folk-rock que psychédélique. La variété de l'album les a désorientés pour nous catégoriser. Ils ne savaient pas comment nous vendre et ont donc rompu le contrat. Peu de temps après, le Vietnam nous a rappelés à la réalité. » (Rick Bockner)

De l'acid-rock au country-rock.

Publié en octobre 1968, Mad River y dévoile un acid-rock époustouflant et intrépide (parfois trop) qui trouve un écho favorable auprès du public san franciscain, mais que la presse ricaine dézingue faute d'une pièce un tantinet commerciale dans le lot proposé.

Malgré ce manque de soutien et cette carence, Mad River se sert de son opus pour décrocher des concerts. Les grandes salles (Avalon, Fillmore, Carousel, Matrix) s'offrent à lui de San Francisco à Vancouver, de la Colombie Britannique à la Californie en passant par l'Oregon.

S'ensuit un deuxième jet discographique. Attendu au tournant, Mad River surprend son panel de fans avec Paradise Bar & Grill, publié l'année suivante, en opérant un changement stylistique majeur vers le country-rock, tout en conservant une note psychédélique, mais moindre.

Plus commercial, ce deuxième album (sans Tom Manning), produit par Jerry Corbitt (The Youngbloods) et que Capitol ne sait pas trop comment aborder, obtient un meilleur score que son prédécesseur à la dérive psyché, en se plaçant au 192ème rang du Billboard 200, sans toutefois opérer l'excitation ressentie sur Mad River.

Sur cet opus plus dans la filière des Byrds, Richard Brautigan apparaît en qualité d'invité. Il y récite un de ses poèmes, Love's Not The Way To Treat A Friend, soutenu par la belle guitare acoustique de David Rubinson.

Été 69 : rideau !

Au terme de ce deuxième insuccès de rang, Mad River éprouve une grosse frustration de constater que son travail n'est pas mieux reconnu. Au regard du temps que ses membres ont passé à répéter, à renforcer le collectif, compte tenu des jours de galère accumulés et du manque d'investissement global du label, la formation américaine, pénalisée aussi par son flegme, sa hardiesse et sa tentation à trop vouloir expérimenter, se sépare en juillet 1969.

Pour ce, elle profite du départ de Rick Bockner, lequel fait le choix de s'exiler au Canada pour échapper à la conscription et au Vietnam. Dewey, quant à lui, est exempté de ses obligations militaires pour des raisons médicale.

Dans le même temps, Robinson et Hammond reprennent le chemin de l'Université, scellant la fin d'une aventure qui aura été énorme pour ces jeunes artistes que le rock psychédélique a élevés au rang de plus grands novateurs de la Baie de Frisco de la deuxième moitié des sixties (RAZOR©2021).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 2 - 1969

 

Mad river paradise bar and grill

 

MAD RIVER

PARADISE BAR & GRILL – 1969  4/5

 

Publié en juillet 1969.

Produit par Jerry Corbitt.

Durée:37:51.

Label:Capitol,Edset.

Genre:folk-rock,country-rock,rock psychédélique.

 

Mutation réussie.

 

Mad River n'est pas le plus populaire des groupes de l'Area Bay. Même s'il est estampillé rock psychédélique et a pris sa part dans la dérive lysergique ambiante, il n'a pas posé une empreinte suffisamment marquée sur cette époque et cette place pour être apprécié comme il se doit et être considéré aujourd'hui comme une des belles réussites du genre.

Sans que sa qualité soit pour autant mise en cause, le groupe débarqué de l'Ohio a surtout été victime de la complexité de sa musique, freak-out, de sa diversité, de ses chansons un tantinet difformes et de son côté parfois aventureux.

Prétendre s'arroger les suffrages du grand public drapé dans les oripeaux d'un Black Sabbath déboulant sur Haight-Ashbury relève de la pure utopie.

C'est pourquoi Mad River n'a jamais décroché la timbale commerciale et se destine plutôt à une clientèle sensibilisée aux choses du rock psychédélique comme en atteste l'album éponyme (1968) qui ouvre son catalogue.

J'évoquais précédemment sa diversité. Mad River en fait la démonstration en changeant, de manière conséquente, son style dès le LP suivant, le dénommé Paradise Bar & Grill (1969). Il suit en cela les tendances de la scène san franciscaine qui mute de l'ère psyché au country-rock.

Placé dans une filière plus convenue (folk-rock/country-rock), même si la dimension psychédélique demeure toujours, même moindre, le deuxième volume discographique des gars de Yellow Springs diffère radicalement de son devancier ; il ne réfère que partiellement aux acteurs de l'album précédent, mais ne déplaît pas pour autant dans ce registre byrdsien ou dylanien.

Perso, j'aime et cette mutation artistique ne me dérange pas, il fait partie de la vie d'artistes. Qui plus est quand il a de la qualité.

C'est le cas ici à l'instar de Love's Not the Way to Treat A Friend, Leave Me/Stay, des instrumentaux Equinox et Academy Cemetery, Cherokee Queen ou l'ouvreur Harfy Magnum. Paradise Bar & Grill mérite une attention (RAZOR©).

 

1. Harfy Magnum.

2. Paradise Bar & Grill.

3. Love's Not The Way To Treat A Friend.

4. Leave Me/Stay.

5. Copper Plates.

6. Equinox.

7. They Brought Sadness.

8. Revolution In My Pocket.

9. Academy Cemetery.

10. Cherokee Queen.

 

Lawrence Hammond:basse,guitare acoustique,guitare,piano,claviers,chant.

Gregory Dewey:batterie,harmonica,chant.

David Robinson:guitare principale,guitare rythmique,banjo,guitare acoustique,chant.

Rick Bockner:guitare rythmique,guitare 12 cordes,chant.

 

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