Link Wray.

BIOGRAPHIE.

 

LINK WRAY/Dunn (Caroline du Nord – USA)

 

Link wray 4

 

Né Fred Lincoln Wray Jr., le 2 mai 1929 à Dunn,décédé le 5 novembre 2005 à Copenhague (Danemark).

Actif de 1955 à 2002.

Labels:Cadence,Epic,Rumble,Mala,Swan,Diamond,Polydor,Virgin,Charisma,Ace.

Genre:rock and roll,rock,rockabilly,rock instrumental,surf music.

Site officiel:www.linkwray.com

 

Le guitar-hero ultime des 50's.

Link Wray n'a eu besoin que de quelques accords déchiquetés et agressifs pour révolutionner la musique rock et entrer dans son histoire.

A le voir, sur une vidéo de Rumble, avancer crânement sur scène comme un Dieu descendu de l'Olympe et claquer son légendaire riff comme si de rien n'était, alors qu'il sait tout l'impact que le son réverbéré crade et effarant, animé de trémolos et d'effets qu'il lâche pour le coup, a eu sur le rock dans son ensemble, le guitariste la joue un peu cador et m'as-tu-vu ?

On devine en cette entrée sur scène de la légende amérindienne, un tantinet détachée mais confiante, une jubilation intérieure d'être à l'initiative d'un titre qui a suscité les vocations de nombreux artistes.

Link wray 1Le détonaeur du rock.

Link wray the ray menLink Wray & The Ray Men.

Link wray intro 2Original jusqu'à son dernier souffle.

Link wray rumble singleLe décrié Rumble.

Link wray link wray 1971L'incontournable Link Wray de 1971.

Link wary seattle 2005Link Wray en 2005 à Seattle.

Jimmy Page, Jimi Hendrix, Neil Young, Bob Dylan, Robbie Robertson, Tom Petty, Pete Townshend, Jeff Beck, Elvis Costello, Slash, Steven Van Zandt, Cub Koda, Iggy Pop ont tous succombé à ce son maîtrisé grungy, sale, violent, distordu et inquiétant obtenu par son auteur en perçant des trous dans son ampli.

Cette technique a, par ailleurs, inspiré Dave Davies, guitariste des Kinks, qui a utilisé un stratagème identique pour renforcer le son de sa guitare, à une époque où la fuzz box n'existait pas encore.

Le décrié Rumble.

A sa sortie en 1958, les radios new-yorkaises, celles de Boston et de Detroit également, montrent leur réticence à passer l'instrumental sur les ondes tandis que les labels traînent des pieds pour signer son auteur.

Celui-ci est considéré, pour beaucoup de ces professionnels du milieu du disque, trop incitatif à la violence pour la jeunesse du moment, Rumble étant le terme désigné pour qualifier une bagarre de rue.

Banni d'antenne et entaché d'une mauvaise réputation d'entrée, Rumble n'en réalise pas moins une carrière intéressante de single puisqu'il se vend à plus de quatre millions d'exemplaires et se classe au 16ème rang des charts américains.

Pour son rôle historique dans la construction du rock et son apport au cinéma (Pulp Fiction, Independance Day, Breathless, Pink Flamingos, Riding Giants, Confessions Of A Dangerous Mind et Desperado), Link Wray, père de la distorsion et du fuzz, inspirateur du heavy metal, du punk, du trash et du rock alternatif, est nominé au Rock And Roll Hall Of Fame promotion 2018, après avoir échoué quatre ans plus tôt. Comme quoi...

Dans le grand bain du rock.

Frederick Lincoln Wray Jr pour l'état civil de Dunn (Caroline du Nord) où il voit le jour le 2 mai 1929, il est Link Wray à la scène. Deuxième fils de Fred et Lillian Mae, prédicateurs, il a du sang indien qui coule dans ses veines du fait de ses origines Shawnee, un peuple nord-américain issu de l'Ohio.

Lincoln est encore enfant quand il apprend d'un bluesman itinérant du nom de Hambone, les rudiments de la guitare.

Ce contact avec l'instrument suscite en lui l'envie de suivre la même voie que ceux qu'il entend à la radio, les Chet Alkins, Johnny Sith, Barney Ressel, Les Paul, Hank Garland, Tal Farlow.

Link ignore alors tout de ces musiciens mais tente de reproduire leur technique et leur son, sans jamais y parvenir.

Ces derniers sont ses premières influences quand il se lance officiellement dans le grand bain du rock.

Avec ses frères Vernon, Doug et Ray, il arpente le circuit country& western de Virginie où la famille, très pauvre, est installée (Portsmouth) depuis 1943. A cette époque, il intègre les Phelps Brothers, une formation régionale.

La guerre de Corée mobilise le jeune homme qu'il est devenu (1951). Durant sa mobilisation, Fred Lincoln est gravement frappé par la tuberculose et perd, en 1956, un poumon, au point qu'on lui prédit ne plus être en mesure de chanter. Ce diagnostic sans appel l'amène à focaliser plus sur la guitare.

Plus lourd, plus fort, plus agressif.

Au retour de la guerre, il forme, avec ses frères Vern et Doug, Link Wray & The Palomino Ranch Hands ; leurs premières chansons, parues dans un format EP, sont enregistrées à Washington et c'est le label Kay qui a le privilège de les éditer en 1956 : I Sez Baby - Johnny Bom Bonny/When You Cross Your Heart – Walk Walk Walkin' Blues.

En revenant de Washington, Link Wray se met en quête d'une musique plus lourde ; il s'éloigne de ses premières influences pour développer une approche plus agressive qui lui permet de s'exprimer comme il l'entend.

Link Wray étoffe son style de guitare en perçant de trous ses amplis, provoquant ainsi le son déformé, bourdonnant et inquiétant de Rumble. Il joue alors plus fort que tous les autres guitaristes de rock and roll, ce qui ne rassure pas les labels qui, dans le contexte ambiant des guerres de gangs, préfèrent regarder ailleurs.

Le boss de Cadence Records, Archie Bleyer, accepte de signer Link Wray sur son label et de publier Rumble/The Swag (mars 1958), bien qu'il n'aime pas particulièrement le titre. Il a surtout dans l'idée de tempérer la fougue du guitariste à l'avenir.

De Link Wray aux Wrays.

Peine perdue, Wray tient bon contre celui qui veut le débrancher ; dès lors, le partenariat entre les deux partis tourne court (fin 1958).

A la suite de Rumble, Link Wray devient Link Wray & The Ray Men, également connu sous The Wraymen ou The Wrays.

Ceux-ci s'engagent pour 3 ans avec Epic Records (jusqu'en décembre 1962) et, dès le début de l'année suivante, sortent Rawhide/Dixie-Doodle (janvier 1959) qui se classe 23ème du Billboard.

Les plateaux de TV s'ouvrent à Link Wray qui apparaît alors dans les émissions populaires que sont American Bandstand ou le Dick Clark Show.

Les Wrays tentent alors de voler de leurs propres ailes en créant leur propre label, Rumble Records.

Malgré la sortie de Jack The Ripper (mars 1963), titre qui apparaîtra dans le remake de A Bout de Souffle (de Jean-Luc Godard), Breathless (avec Richard Gere et Valérie Kaprisky/1983), l'expérience de Link et Doug tourne court.

Le groupe rebondit chez Swan Records qui s'approprie aussitôt Jack The Ripper (mars 1963) et signe encore quelques singles intéressants comme Run Chicken Run (décembre 1963), Deuces Wild (juillet 1964) ou Ace Of Spades (décembre 1965), même si ces derniers n'ont pas eu la même réussite dans les charts que leurs devanciers.

Link wray robertson portrait

« Link Wray a tout changé. Son riff a laissé une trace indélébile sur l'évolution du rock and roll. » (Robbie Robertson)

Link Wray se réinvente.

Le manque de succès amène Link Wray à chercher, en 1964, la formule idéale sous des identités d'emprunt (F. L. Wray & The Moon Men, The Spiders), avant d'annoncer son retrait de la scène musicale, au milieu des 60's. Le rock, dont il a établi le son, va s'établir sans lui...

Il se retire dans le Maryland (Accokeek) où, depuis la ferme où il s'est installé, l'artiste continue à composer et à enregistrer, à partir d'un studio de fortune improvisé dans une cabane à poulets.

Link Wray refait parler de lui en juin 1971, date à laquelle il lance sur le marché un album éponyme (Polydor), remarquable et remarqué.

Ce disque, différent de ses travaux antérieurs, souffre, dans l'esprit du public qui le boude, de l'éloignement du son pour lequel Link Wray est entré dans l'histoire du rock.

Bien que mal accueillie, la tentative de Wray de se réinventer donne naissance à album roots de très grande qualité, authentique, passionné, accrocheur.

En dépit d'un poumon en moins, Wray, chanteur pour l'occasion, livre une œuvre très convaincante, autour d'une matière mêlant country, gospel, swamp rock, rock and roll, folk qui n'est pas sans rappeler Tony Joe White ou Captain Beefheart.

Une discographie inégale.

Link Wray l'album est le seul opus que son auteur classe dans le billbard 200 (193) de toute sa carrière. Il a été une influence notamment pour les Neville Brothers et pour le groupe de Tucson des 90's, Calexico.

Beans and Fatback (Virgin/1973), Be What You Want To (Polydor/1973), The Link Wray Rumble (Polydor/UK 1974), Stuck In Gear (Virgin/1975), Link Wray (Private Stock/1977) et Fresh Fish Special (Private Stock/1978), réalisés avec le singer rockabilly new-yorkais Robert Gordon, ainsi que Bullshot (Charisma/1979) complètent sa (globalement) brillante mais inégale discographie des seventies.

Malgré le parcours irrégulier de cette décennie, Link Wray continue à enfiler les LP entre 1990 et 2000 (Apache, Wild Side Of The City Lights, Indian Child, Shadowman, Walking Down A Street Called Love et Barbed Wire) et à se produire partout dans le monde.

Décédé d'une insuffisance cardiaque en novembre 2005 (Copenhague), jusqu'à son dernier souffle à l'âge de 76 ans, Link Wray, guitar-hero ultime des 50's, confirme qu'il est un rocker dans l'âme. Le public n'aura malheureusement retenu que son riff légendaire, ce qui paraît injuste au regard de son brillant parcours (RAZOR©2022).

MON CHOIX DISCOGRAPHIQUE.

LP Studio 6 - 1971

 

Link wray link wray 1971

 

LINK WRAY

LINK WRAY – 1971  5/5

 

Publié en juin 1971.

Produit par Steve Verroca,Ray Vernon,Bob Feldman.

Durée:44:16.

Label:Polydor.

Genre:country-rock,americana,roots rock,blues-rock,r&b,folk-rock.

 

Fait à l'os.

 

L'histoire du rock dit que cet album a été enregistré dans une cabane destinée à l'élevage de poulets et réhabilitée pour la circonstance en un rudimentaire studio.

Nous sommes au printemps 1971 et, alors que Link Wray est quasiment rangé des voitures et se'st recyclé en agriculteur, la ferme familiale d'Accokeek, dans le Maryland, prête son cadre au projet par lequel la carrière du guitariste va être relancée.

A partir d'un magnétophone à trois pistes, un lot de 11 chansons combinant blues, rock 'n' roll, country, folk, gospel, guitares fuzz et percussions bâtardes, est enregistré.

La matière collectée est roots, peu vendeuse et diffère radicalement de l'album auquel il succède au catalogue et nourri d'instrumentaux.

Ce qui vaut à son auteur de subir les foudres de ses fans ; celui-ci, retraité avant l'heure, s'en fout royalement du succès éventuel de son travail, seul le plaisir et la passion comptent pour Wray.

Ajoutons-y l'authenticité car s'il est un disque éponyme qui fleure bon l'honnêteté et la spontanéité, c'est bien cet éponyme simple, épuré, sans vernis et limite crasseux et fait avec des bouts de ficelle, qui rappelle toute l'influence qu'ont eu les Amérindiens dans la musique américaine.

Durant les sessions de ce disque mal récompensé à sa sortie, Wray et son frère Vernon ont également produit l'album qui suit Beans And Fatback, tout aussi bien foutu et recommandable (RAZOR©2022).

 

1. La De Da.

2. Take Me Home Jesus.

3. Juke Box Mama.

4. Rise And Fall Of Jimmy Stokes.

5. Fallin' Rain.

6. Fire And Brimstone.

7. Ice People.

8. God Out West.

9. Crowbar.

10. Black River Swamp.

11. Tail Dagger.

 

Link Wray:guitare,chant,basse,dobro.

Bobby Howard:mandoline,piano.

Bill Hodges:piano,orgue,chœurs.

Doug Wray:batterie,percussions,chœurs.

Steve Verroca:batterie,percussions,chœurs.

Gene Johnson:chœurs.

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