Little Feat.

BIOGRAPHIE.

 

LITTLE FEAT/Los Angeles (Californie)

 

Littlefeatorigweb

 

Formé en 1969.

Années actives:1969/1979,1987 à aujourd’hui.

Genre:rock,southern rock,blues-rock,roots rock,funk rock,jazz rock,boogie rock,swamp rock,country-rock.

Labels:Rhino,Warner Bros,CMC International,Tower, Hot Tomato Imprint.

Site officiel:www.littlefeat.net

 

Willin', un hymne.

Et comment qu’elle est sous-estimée cette affaire ! Little Feat est certainement l’une des formations des 70’s qui n’ait toujours pas aujourd’hui le retour d’image auquel son talent le prêtait du temps de sa splendeur. Interrogez autour de vous, vous verrez…

Malgré le célèbre Willin’, son hymne en quelque sorte, et une discographie parmi les plus cotées du rock des seventies, Little Feat ne déchaine toujours pas les passions bien que régulièrement cité dans la profession comme formation majeure, parmi les plus novatrices du rock et de son époque. Clapton, Plant, Raitt, Ronstadt, Richards, Dylan… il n’en est pas un qui ne réfère pas à ce groupe quant à l’influence qu’il a pu avoir sur leur musique respective.

Plus de quarante ans plus tard, en dépit de changements de line-up multiples, de tensions apparues très tôt, Little Feat fait encore bonne figure sur les scènes internationales aujourd’hui, proposant inlassablement un sublime mélange de rock, de blues, de R & B, de jazz, de soul, de gospel, de funky et de country. Raison de plus pour s’y intéresser.

Anciens Mothers.

Formé en 1969 à Los Angeles, Little Feat est né de la fusion d’anciens Mothers, ces affreux jojos de Zappa, à savoir Lowell George, chanteur et guitariste furtivement passé par les Standells, et Roy Estrada, bassiste avec le batteur Richie Hayward et Bill Payne. Zappa, nez creux, professionnel avisé, quand il entend Willin’ composé par Lowell George, il lui conseille vivement de fonder sa propre crémerie, de la jouer perso.

Willin’, carte de visite de Little Feat, est l’élément porteur du LP éponyme qui, en 1971, ouvre son catalogue. La critique se prend aussitôt de sympathie pour ces angelins originaux et techniquement férus qui enfilent durant la décennie 70 un lot de disques d’excellente fracture (Feats Don’t Fail Me Now/1974, Time Loves A Hero/1977 et Down On The Farm/1979), voire exceptionnels pour certains d’entre eux à l’image de Little Feat (1971), Sailin’ Shoes (1972), Dixie Chicken (1973) et du live Waiting For Columbus (1978), une des plus grandes prestations publiques de tous les temps. Leur discographie est une des plus brillantes qu’il m’ait été donné d’écouter à l’époque. Seul The Last Record Album/1975 échappe à cette brillance.

Little feat paul barrere 2

"La romance au sein de Little Feat était très orageuse. Nous nous aimions beaucoup, mais nous sommes déchirés comme chiens et chats.

Dans les derniers jours après la mort de Lowell George, nous n'avions plus de ligne directrice. Nous n'étions plus d'accord sur rien.

Nous avons pris une pause. Personnellement, je ne pensais pas que nous allions nous retrouver un jour. La chance a voulu que oui." (Paul Barrere)

Le chef d'oeuvre Dixie Children.

Hélas les ventes ne suivent pas, et après le deuxième LP Sailin’ Shoes, Little Feat se remet en question autour d’un nouveau line-up. Du quatuor de base, seuls George, Hayward et Payne repartent dans l’aventure. Estrada est remplacé par Kenny Gradney, tandis que Paul Barrere (guitare et chant) et le percussionniste Sam Clayton viennent étoffer le groupe qui vaque alors au troisième opus, Dixie Children, un chef d’œuvre de grands rythmes, grands textes, d’influences et d’excentricité. Cette nouvelle mouture ne laisse pas insensible le public cette fois-ci qui lui réserve un bel accueil lors de sa tournée de promo.

Enorme Waiting For Columbus.

Derrière Dixie Children, difficile de faire mieux. Pourtant Little Feat s’y emploie et conserve un excellent niveau dans son travail de studio. Il faut cependant attendre 1978 pour que Waiting For Columbus replace Little Feat sur le devant de la scène rock. Paradoxalement, cette performance collective fabuleuse, exceptionnellement rehaussée d’une section de cuivres, masque les gros problèmes qui animent le groupe, Lowell George notamment qui, de plus en plus miné par les drogues, commence à perdre son latin et à traîner des pieds dans l’orientation jazz-rock voulue par Barrere. Il se met en marge de l’écriture dans Little Feat pour privilégier son premier LP solo, Thank I’ll Eat it Here (1979), au demeurant excellent.

Le poste est repris conjointement par Bill Payne et Paul Barrere, mais le ressort est cassé, Little Feat n’y résiste pas qui met un terme à cette formation légendaire réactivée en 1988 par Barrere,Payne, Hayward, Clayton et Gradney. Manque à l’appel Lowell George, malheureusement décédé le 26 juin 1979 dans une chambre de motel virginienne (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1971

 

Littlefeatalbum

 

LITTLE FEAT

LITTLE FEAT – 1971  4/5

 

Publié en janvier 1971.

Produit par Russ Titelman.

Durée:32:49.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,roots rock,blues-rock,swamp rock.

 

Un bien bel héritage.

 

Ce serait donc Zappa qui aurait poussé au cul pour que Little Feat voit le jour en 1970 et qui leur aurait obtenu un premier contrat d’enregistrement. Reconnaissons que Moustache n’avait pas son pareil pour dénicher les talents du crû.

Le nom de Little Feat est une double allusion : la première fait référence à la taille des pieds de Lowell ; la seconde Feat, ainsi orthographiée, rendrait  hommage aux Beatles. Différentes versions s’opposent quant aux vraies motivations, mais il est fort probable que la présence dans cette formation du talentueux guitariste Lowell George, créateur multi-instrumentiste, auteur-compositeur, ancien des Mothers du père Franky, ne soit pas tombée comme un cheveu dans la soupe. D’autant que le Zap, on ne sait pas si c’est pour se débarrasser une fois pour toute d’un Lowell en proie à des écarts récurrents dans l’éthique mise en place par son aîné au sein des Mothers, qu’il a favorisé son éclosion chez Little Feat. Préalablement, Zappa a déjà repoussé Willin’, le titre qui deviendra l’hymne de George, au motif qu’il est préférable que celui-ci ne ne fasse fructifier ailleurs. Finalement, le Frankie, sur le coup, il l’a peut-être bien joué faux derche…

D’autant plus que Roy Estrada (bassiste des Mothers Of Invention), lorsque Lowell quitte les Mothers, part également. Rejoints par Bill Payne, organiste (qui a auditionné pour les Mothers) et par un batteur ayant déjà travaillé pour Lowell dans The factory, Richie Hayward, ils constituent ainsi le premier line-up de Little Feat, qui signe l’album éponyme de 1971 (en écoute intégrale ici), produit par Russ Titelman.

Ce LP, qui brasse rock, boogie, R&B, folk, blues et country, plaît à la critique, séduit par la guitare et la voix de Lowell George, associées aux claviers de Bill Payne.

Hélas, le public ne suit pas et à peine plus de 10.000 exemplaires de ce disque sont vendus sur le marché. Un pet de lapin, eu égard à la qualité de ce groupe. Encore un, vous allez me dire… et bien oui…encore un.

Le légendaire Willin, source de toutes les polémiques sur la rupture d’avec les Mothers (une démo, pour l’heure, enregistrée avec Ry Cooder à la slide guitare, Lowell George étant alors blessé à la main) vole la vedette à un lot pourtant juteux à l’image des solides Truck Stop Girl et Hamburger Midnight, de la belle reprise Forty Four Blues de Howlin’ Wolf, enchaînée en medley avec How Many More Years de Chester Burnett.

Snakes On Everything donne le ton de ce premier album de caractère aux charmes indéniables. Je ne vous en dis pas plus. Il se dégage beaucoup de plaisir de jouer de ce Little Feat. Cela se ressent dans tout leur blues-rock décontracté.

Je reviens à Willin pour conclure. Sincèrement, ce disque mérite d’être étiqueté grand disque. Il est simplement dommage que la version de Willin, proposée ici, ne soit pas la meilleure qu’il m’ait été donné d’entendre et pourtant… Je vous fixe rendez-vous sur leur deuxième album pour ça (RAZOR©).

 

1. Snakes on Everything.

2. Strawberry Flats.

3. Truck Stop Girl.

4. Brides of Jesus.

5. Willin'.

6. Hamburger Midnight.

7. Forty-Four Blues/How Many More Years.

8. Crack in Your Door.

9. I've Been the One.

10. Takin' My Time.

11. Crazy Captain Gunboat Willie.

 

Lowell George:chant,guitare rythmique,slide guitare,harmonica.

Richard Hayward:batterie,choeurs.

Bill Payne:piano,claviers,chant.

Roy Estrada:basse,choeurs.

Russ Titelman:percussions,piano sur 9,choeurs.

Ry Cooder:slide guitare sur 5/7.

Sneaky Pete Kleinow:pedal steel sur 9.

Kirby Johnson:arrangements cordes et cuivres.

LP Studio 2 - 1972

 

Little feat sailin shoes

 

LITTLE FEAT

SAILIN’ SHOES – 1972  5/5

 

Publié en mai 1972.

Produit par Ted Templeman.

Durée:38:00.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,blues-rock,roots rock,swamp rock.

 

Le pic de Lowell.

 

Leur premier album était excellent. Sailin’ Shoes (en écoute intégrale ici), deuxième du nom, est extraordinaire. Et je pèse mes mots. L’année 1972, Little Feat, groupe de Californie du Sud, produit un LP d’une grande maturité et d’un talent considérable. La scène rock s’en trouve médusée et la critique, notamment, ne s’y trompe pas, élogieuse qu’elle est à propos de ce travail. Le public, trois fois hélas, fait toujours la sourde oreille et là, c’est une vraie surprise. Que faut-il donc pour le faire réagir ?

Aujourd’hui encore, cet album, leur deuxième donc, est encore trop souvent mésestimé, alors que ni sa cohérence, ni sa puissance et son énergie, ni la qualité de ses pistes, ni son cocktail de pop, rock, blues, country, ni son écriture accrocheuse et mélodique, ni l’interprétation de ses musiciens ingénieux et carrés à leur poste, ni le professionnalisme et le caractère d’une production laissée entre les mains de Ted Templeman (derrière Van Morrison et les Doobies Brothers, ce n’est quand même pas rien !), ne sont à mettre en cause d’une quelconque manière.

Ce disque a des couilles, mes pépères. Il est coloré, plein de vie, maîtrisé. Il regorge d’excellents rock & roll énergiques et de country blues bien comme il faut, tels qu’on les aime. Jusqu’à sa pochette (le graphisme est du à Neon Park), je ne vois aucune faille pouvant le tirer vers le bas.

Ce disque est mis en évidence par une version de Willin, revisitée et bien meilleure que celle figurant sur l’album éponyme précédent, par des morceaux de cadors comme A Apolitical Blues (que Van Halen a repris plus tard sur son album OU 812), Trouble, belle ballade douce, Easy To Slip, un blues dur et rauque, martelé par un tambour percutant, comme Cold Cold Cold, le sympathique country blues Sailin’ Shoes, l’acoustique folk soutenu par l’accordéon de Payne, Got No Shadow (signé de Bill Payne, numéro 2 du groupe), le rock concis Teenage Nervous Breakdown ou le bluesy Cat Fever avec sa belle intro au piano.

Si le talent de Liitle Feat crève l’écran, c’est ici et nulle part ailleurs. Ne passez pas à côté de la grande collection qu’il propose. Sailin’ Shoes est un disque majeur de cette période du début des années 70.

Par ailleurs, ce line-up d’origine (Lowell George, Bill Payne, Richie Hayward et Roy Estrada) s’effilochera dans la foulée, et Little Feat s’engagera alors dans une voie différente (qui a ses adeptes).

Je considère que les albums précédent (Little Feat 1967) et suivant (Dixie Chicken 1973), et Sailin’ Shoes constituent le tiercé majeur de cette formation. Dépêchez-vous de me goûter ça, mes pépères, vous m’en direz des nouvelles ! C’est ici et maintenant que tout se passe réellement pour la bande au brillant Lowell George. Sailin’ Shoes, c’est son pic (RAZOR©).

 

1. Easy to Slip.

2. Cold Cold Cold.

3. Trouble.

4. Tripe Face Boogie.

5. Willin'.

6. A Apolitical Blues.

7. Sailin' Shoes.

8. Teenage Nervous Breakdown.

9. Got No Shadow.

10. Cat Fever.

11. Texas Rose Café.

 

Lowell George :chant,guitare,harmonica,saxophone.

Richard Hayward:batterie,percussions,chœurs.

Bill Payne:piano,orgue,accordéon,choeurs,chant sur 10.

Roy Estrada:basse,choeurs.

Milt Holland:percussions sur 1/3.

Sneaky Pete Kleinow:pedal steel guitare sur 6/11.

Debbie Lindsey:chant sur 2/7.

Ron Elliott:guitare rythmique sur 6.

LP Studio 3 - 1973

 

Little feat dixie chicken

 

LITTLE FEAT

DIXIE CHICKEN – 1973  5/5

 

Publié en février 1973.

Produit par Lowell George.

Durée:36:12.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,blues-rock,roots rock,New Orleans R & B,swamp rock.

 

Coûte que coûte, dans le panier !

 

Malgré deux albums splendides (Little Feat et Sailin’ Shoes), la formation américaine ne parvient toujours pas à décoller auprès du public, les ventes étant toujours désespérément au plus bas. C’est une raison suffisante pour Roy Estrada, bassiste, de se faire la malle durant la tournée de promotion du dernier LP, l’excellent Sailin’ Shoes.

Kenny Gradney prend sa place, Paul Barrère, guitariste, Sam Clayton, percussionniste, complètent le line-up du moment, toujours articulé autour des anciens Lowell George, Bill Payne et Richie Hayward. Ce turn-over au sein de Little Feat amène un changement notable au niveau du son surtout, lequel tend à s’épaissir. Little Feat sonne différemment de à quoi nous étions jusqu’alors habitués.

La palette artistique s’élargit. Les influences New-Orleans et R&B sont ici  les intéressantes curiosités. Dixie Chicken (en écoute intégrale ici) permet à Lowell George d’atteindre un sommet qu’il n’atteindra plus jamais par la suite, au niveau vocal s’entend. Les morceaux sonnent parfaitement bien, les compositions sont soignées. Seuls trois titres échappent à Lowell George : On Your Way Down, Walkin’ All Night et Foot Yourself. Les siens comptent parmi ce qu’il a écrit de mieux.

Une troisième fois de rang, Little Feat nous balance un grand disque raffiné et accrocheur. Plein d’audace et d’ingéniosité, il amène au constat que ce groupe a décidément loupé tous les trains. Parfois en avance sur son temps, souvent passé à côté de l’impact qu’aurait du avoir les passages en radio de ses merveilleux titres, Little Feat n’a jamais touché du doigt la reconnaissance escomptée. Leur histoire n’aura pas été banale.

Ceux que beaucoup ont comparé aux Stones nous invitent présentement à passer d’un rock fougueux, d’un blues puissant, à de la ballade décontractée, et ce, avec un immense bonheur et avec une technicité incroyable. Non seulement Lowell George est un slide guitariste hors pair, mais tous les membres apportent un plus à l’ensemble par leur grande technicité.

Ce disque respire le naturel, la sobriété, la passion. Dixie Chicken, titre éponyme, ouvre cet album qui nous concerne. Titre très agréable, cool, chaud, funky, Dixie Chicken est de très très haut niveau. Dans la foulée, Two Trains se veut un funky inspiré soutenu par des chœurs extraordinaires placés sous la houlette de Bonnie Bramlett. Une très belle ballade acoustique enchaîne, Roll Um Easy, qui s’inscrit dans une atmosphère bienheureuse et baba cool ; elle précède un lent, brûlant et enivrant On Your Way Down (Allen Toussaint à l’écriture).

C’est alors le moment pour l’étrange Kiss It Off d’installer le beau chant de Lowell George combiné avec les congas de Clayton et le synthé de Payne. Du grand art.

Fool Yourself de Fred Tackett est peut-être un ton en dessous (et encore!). Il n’affecte en rien le niveau de ce Dixie Chicken. Walkin’ All The Night, qui lui emboîte le pas est plus enjoué. Il se referme sur le plus connu, l’intemporel, le funny Fat Man In The Bathtub.

Avant que l’album ne tire sa révérence sur l’instrumental Lafayette Railroad, où slide et congas s’expriment en toute liberté, allongez-vous  longuement sur la brillante Juliette, magnifique chanson d’amour. On ne peut pas faire mieux. Ce disque est exaltant. Bonnie Raitt, Bonnie Bramlett, Fred Tackett pourront vous le dire. Ils y étaient ! Alors on ne laissera pas off, ce bijou d’un groupe au sommet de son art et de sa forme. Oh que non ! (RAZOR©)

 

1. Dixie Chicken.

2. Two Trains.

3. Roll Um Easy.

4. On Your Way Down.

5. Kiss It Off.

6. Fool Yourself.

7. Walkin' All Night.

8. Fat Man In The Bathtub.

9. Juliette.

10. Lafayette Railroad.

 

Paul Barrère:guitare,chant.

Sam Clayton:congas.

Lowell George:chant,guitare,cloche.

Kenny Gradney:basse.

Richard Hayward:batterie,chœurs.

Bill Payne:claviers,synthétiseur,chant.

Malcolm Cecil:synthétiseur.

Milt Holland:tabla.

Danny Hutton,Tret Fure,Gloria Jones,Debbie Lindsey,Bonnie Raitt,Bonnie Bramlett, Stephanie Spruill:choeurs.

Fred Tackett:guitare.

LP Studio 4 - 1974

 

Little feat feats don t fail me now

 

LITTLE FEAT

FEATS DON’T FAIL ME NOW – 1974  4,5/5

 

Publié en août 1974.

Produit par Lowell George, sauf 5 (Van Dyke Parks).

Durée:34:18.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,swamp rock.

 

Tous les voyants au vert !

 

Feats Don’t Fail Me Now (en écoute intégrale ici) de Little Feat (1974), est enregistré dans un studio du Maryland, propriété du sieur Bob Cavallo, leur manager. Désormais un peu plus populaire, Little Feat vend un peu mieux. Les nouveaux membres, apparus sur l’album précédent Dixie Chicken, sont désormais bien intégrés. Le moral est au beau fixe, la forme est bien présente, l’envie et la joie de vivre sont là. Tous les ingrédients pour faire un bon disque sont donc réunis d’autant plus que l’inspiration est également au rendez-vous.

Funk, boogie, rock, telle est la recette de Feats Don’t Fail Me Now pour lequel la presse a eu une critique favorable. Il y a de quoi être positif pour ce quatrième album, qui vient dans la foulée d’une sacrée trilogie (l’album éponyme de 1971, Sailin’ Shoes et Dixie Chicken).

Encourageant pour un groupe qui est sur le point de rompre, Little Feat, sous la baguette magique de Lowell George, grand guitariste et non moins talentueux chanteur, est en complète osmose. Bill Payne et ses claviers s’en donnent à cœur-joie. Les rythmes et les harmonies vocales véritablement fusionnées aux instruments atteignent des sommets.

Varié dans ses arrangements, d’une musicalité de première qualité, proprement ficelé au niveau d’une écriture née d’efforts collectifs (Lowell George prend un peu de recul toutefois), Feats Don’t Fail Me Now accroche et séduit, en dépit d’une relative complexité.

Dans les faits, ça donne une entame plutôt bien balancée avec ce formidable Rock And Roll Doctor bégayé par Lowell George et Fred Martin, relayée par un solide et gai Oh Atlanta emmené par le piano bastringue de Bill Payne. L’intéressant funky jazzy Skin It Back, étrange dans ses rythmes (de Barrère), Down The Road, Spanish Moon sont les passages obligés, avant de finir par ce trio de titres superbes : le titre éponyme, la pépite The Fan, aux rythmes syncopés judicieux et le point culminant, le génial medley de 10 minutes (Cold Cold Cold/ Tripe Face Boogie empruntés à Sailin’ Shoes) qui révèle un Lowell George pas mal attaqué.

La basse gargouille comme jamais, les synthés s’énervent comme ils ne l’ont jamais fait, la guitare n’en finit pas de se plaindre, le jeu de slide est grandiose, les players sont virtuoses et interactifs à volonté. C’est  l’oublié Little Feat dans Feats Don’t Fail Me Now et ça me plaît comme vous ne pouvez pas l’imaginer (RAZOR©).

 

1. Rock & Roll Doctor.

2. Oh, Atlanta.

3. Skin It Back.

4. Down the Road.

5. Spanish Moon.

6. Feats Don't Fail Me Now.

7. The Fan.

8. Medley: Cold Cold Cold/Tripe Face Boogie.

 

Paul Barrère:guitare,chant.

Sam Clayton:percussions,chant.

Lowell George:chant,guitare.

Kenny Gradney:basse.

Richie Hayward:batterie,choeurs.

Bill Payne:claviers,chant.

Gordon DeWitty:clavinet sur 5.

Fred White:batterie sur 5.

Emmylou Harris,Bonnie Raitt,Fran Tate:chœurs.

LP Studio 5 - 1975

 

Little feat the last record album

 

LITTLE FEAT

THE LAST RECORD ALBUM – 1975  3/5

 

Publié en novembre 1975.

Produit par Lowell George.

Durée:38:17.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,rock,swamp rock,roots rock,blues-rock.

 

Fin annoncée.

 

Payne et Barrère en pincent pour le jazz-rock, registre qui n’est pas celui de Lowell George et qui, progressivement se désolidarise de Little Feat. Pour l’instant, il en est toujours le producteur, il en devient de moins en moins le compositeur prolifique qu’il a été pour cette formation. Seuls trois titres lui sont ici imputés. Cette attitude annonce la fin d’une époque dorée. L’orientation musicale prise est plus intéressée qu’intéressante, la passation de pouvoir s’opère.

Ainsi est le contexte de ce Last Record Album (en écoute intégrale ici) de 1975 qui a vu les critiques se pâmer pour cet opus. Pour une fois, mon avis diverge avec eux. Les laudateurs d’hier sont les premiers à tirer aujourd’hui à boulets rouges sur cette œuvre. Là non plus, pas d’accord. Ce cinquième disque de 1975 est moyennement bon, mais n’autorise aucune euphorie comme celle montrée par certains fans. Mais je respecte, tous les goûts sont dans la nature. Le ne les partage pas dans le cas présente.

Ce disque me semble faire montre de moins d’optimisme et la belle  décontraction qui a toujours accompagné le jeu de Little Feat me paraît envolée. Est-ce le signe d’un essoufflement qui se fait latent ? Toujours est-il que The Last Record, pour moi, se fond dans une certaine banalité. Il rentre dans le rang même si par touches rares, ça reste délicieux.

De là à revendiquer une place dans le gratin discographique du groupe, non. Ce qui faisait la marque de fabrique du groupe n’est plus ou peu. Dans le même temps, le virtuose guitariste qu’est Lowell George, plombé par sa baisse d’influence au sein du groupe, est d’une grande discrétion. Cette situation déteint forcément sur l’originalité et le talent de ce disque, tout juste suffisamment inspiré pour en faire un moyen de gamme.

Des 8 titres figurant sur ce disque, on se fera un petit plaisir sur le très joli Long Distance Love (de Lowell George, bien entendu), All That You Dream, Mercenary Territory et Romance Dance. C’est très peu en effet. Mais je ne vois rien d’autre. La fin est proche, on voit les tribunes de la ligne d’arrivée à l’horizon (RAZOR©).

 

1. Romance Dance.

2. All That You Dream.

3. Long Distance Love.

4. Day or Night.

5. One Love Stand.

6. Down Below the Borderline.

7. Somebody's Leavin'.

8. Mercenary Territory.

 

Paul Barrère :guitare,chant.

Sam Clayton:congas.

Lowell George:chant,guitare.

Kenny Gradney:basse.

Richard Hayward:batterie,chant.

Bill Payne:claviers,synthétiseurs,chant.

Valerie Carter,Fran Tate :choeurs sur 3/5.

John Hall:guitare sur 2.

LP Studio 6 - 1977

 

Little feat time loves a hero

 

LITTLE FEAT

TIME LOVES A HERO – 1977  3,5/5

 

Publié en mai 1977.

Produit par Ted Templeman.

Durée:35:23.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,jazz funk,jazz rock,swamp rock.

 

Lowell George traîne des pieds.

 

Lowell George est mis au placard, réduit à un rôle de faire-valoir, tout ça parce qu’il a autant d’atomes crochus avec le jazz-rock qu'en ont Pif et Hercule.

Barrère et Payne, eux, sont chauds bouillants pour reconduire l’expérience dans cette veine jazzy comme ce fut le cas dans l’album précédent que personnellement, je ne voue pas plus aux gémonies que je ne l’encense. Little Feat reste sur un disque moyen mais s’obstine à approfondir l’univers jazzy. Jusque là, c’était à dose homéopathique. C’est désormais la note dominante de cet album de 1977, Time Loves A Hero (en écoute intégrale ici).

Inutile de vous dire que ça frotte sec entre les membres, ou plutôt entre Lowell George et le clan adverse. Templeman, producteur revenu aux affaires, compte les coups.

Du coup, Lowell, frustré, affaibli moralement et physiquement par une surcharge pondérale et une accoutumance aux droguesdures, choisit ce moment pour privilégier un projet personnel. Vous pensez bien que les bons biscuits, il se les garde pour alimenter son excellent album solo (Thanks I’ll Eat It Here/1979). Il limite son écot en qualité de compositeur s’en tenant à deux morceaux dont l’accrocheur Rocket In My Pocket.

Barrère et Payne assurent l’essentiel des autres titres. Soyons objectif, même si je voue une adoration à Lowell George, le travail des deux autres songwriters tient la route. On se dit qu’en conjuguant leurs talents, ces messieurs auraient pu nous pondre un drôle de truc. Car rien n’affecte la qualité de la prestation des membres sur cet album. Oui mais voilà le père George est sur la réserve et traîne des pieds.

Le travail est bien léché, bien construit, lumineux par endroits, souvent élégant, bon, jamais vraiment faible, à une ou deux exceptions près comme New Dehli Freight Train qui me saoule carrément. Ce train n’arrive jamais à destination pour moi.

A relever ici : Hi Roller, Time Loves A Hero, Old Folks Boogie, Day At The Dog Races, Missin You (joué par Jeff Baxter) et à noter la présence sur l’album de deux Doobie Brothers, Mike McDonald et Patrick Simmons.

Je crois que, pour quiconque a suivi le groupe depuis ses débuts, et s’est forcément laissé prendre dans les filets du génial George, il faut faire abstraction de sa discrétion ici pour focaliser essentiellement sur la matière et l’interprétation, sur la voie jamais inintéressante prise par Little Feat.

Alors, on va faire comme si, et, vu comme ça, Time Loves A Hero est agréable. Ce n’est certainement le meilleur Little Feat, mais il mérite le respect. Mais ces histoires de direction artistique, ça plombe quand même sacrément l’esprit qui a toujours accompagné ces angelins. Deplus en plus, ça sent le sapin (RAZOR©).

 

1. Hi Roller.

2. Time Loves a Hero.

3. Rocket in My Pocket.

4. Day at the Dog Races.

5. Old Folks Boogie.

6. Red Streamliner.

7. New Delhi Freight Train.

8. Keepin' up With the Joneses.

9. Missin' You.

 

Paul Barrère:guitare,chant.

Sam Clayton:congas,percussions,chant.

Lowell George:chant,guitare.

Kenny Gradney:basse.

Richie Hayward:batterie,percussions,chant.

Bill Payne:claviers,synthétiseurs,marimba,chant.

Greg Adams:trompette.

Jeff "Skunk" Baxter:dobro sur 9.

Emilio Castillo:saxophone ténor.

Mic Gillette:trombone,trompette.

Stephen "Doc" Kupka:saxophone baryton.

Mike McDonald:chant sur 6.

Lenny Pickett:saxophone alto et tenor.

Patrick Simmons:guitare sur 7,chant sur 6.

Fred Tackett:mandocello,guitare sur 2.

LP Live 1 - 1978

 

Little feat waiting for columbus

 

LITTLE FEAT

WAITING FOR COLUMBUS – 1978  5/5

 

Live publié en mars 1978.

Produit par Lowell George.

Enregistré en août 1977 entre Londres et Washington.

Durée:78:14.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,swamp rock,jam rock.

 

Emblématique et contagieux !

 

Alors là mes petits biquets, on tient entre les mains une pièce de musée. Vous soufflez énergiquement sur la pochette pour en chasser la poussière et vous voyez apparaître ce titre mémorable pour qui a tâté du Little Feat en direct live, autrement dit en septante huit : Waiting For Columbus (en écoute intégrale ici), ça s’appelle. Retenez bien son nom. C’est l’un des dix meilleurs live du rock jamais publiés et je parle, cela bas de soie, de tous les temps.

La crème des morceaux ayant assuré la gloire de Little Feat et consignée dans ses trois premiers albums figure en bonne place sur cet opus de prestige. Les artistes travaillent sans filet. Magistral !

Bénéficiant du renfort d’une section de cuivres Tower Of Power dopée comme pas deux, Little Feat, bien rôdé, parfaitement huilé, musclé, collectif, livre un Waiting For Columbus exceptionnel, sorte de testament de l’ensemble de son œuvre et témoignage que son rang parmi les groupes légendaires du rock en général est plus que jamais avéré. Cet album est donc fondamental, incontournable, indéboulonnable. Appelez ça comme vous voulez.

Imaginez-vous, l’espace d’un instant, que celui-ci a été réalisé alors que le groupe est dans sa phase déclinante, en plein conflit Lowell-George-qui-traîne-des-pieds (ce sera sa dernière apparition en public avec LF) contre les autres membres de Little Feat, pour des raisons de divergence artistique. Il n’aime pas le jazz-rock, c’est comme ça.

Sur les scènes du Rainbow Theater londonien et de l’Auditorium Lisner de Washington (en août 1977) où ont été captés ces instants magiques, le groupe se montre inspiré. C’était moins le cas en studio après 1975, du fait de la direction jazzy empruntée par le clan Barrere/Payne.

Extraire de ce contexte phénoménal un titre plus qu’un autre, serait faire offense à ces artistes et à l’œuvre de leur vie avec Sailin’ Shoes et Dixie Chicken.

Il faut savoir que certaines pistes ont vu des parties de guitare réenregistrées en studio, ce qui ne change rien au problème de ce spectacle incroyable. Eclatez-vous. Tout leur gratin est là : Dixie Chicken, Fat Man In The Bathtub, Oh Atlanta, Mercenary Territory, Rocket In My Pocket, Feats Don’t Fail Me Now, Sailin’ Shoes et…le monstrueux Willin. Fondamental, je vous dis ou incontournable, indéboulonnable. C’est vous qui voyez. Emblématique et contagieux, Waiting For Columbus l’est incontestablement (RAZOR©).

 

1. Join The Band.
2. Fat Man In The Bathtub.
3. All That You Dream.
4. Oh Atlanta.
5. Old Folks' Boogie.
6. Time Loves A Hero.
7. Day Or Night.
8. Mercenary Territory.
9. Spanish Moon.
10. Dixie Chicken.
11. Tripe Face Boogie.
12. Rocket In My Pocket.
13. Willin'.
14. Sailin’ Shoes.
15. Feats Don’t Fail Me Now.

Lowell George:chant,guitares.

Sam Clayton:congas,percussions.

Paul Barrère:guitares,chant.

Bill Payne:claviers,synthésiseurs,chant.

Kenny Gradney:basse.

Richie Hayward:batterie,chant.

The Tower Of Power Horn Section:cuivres.

LP Studio 7 - 1979.

 

Little feat down

 

LITTLE FEAT

DOWN ON THE FARM – 1979  3,5/5

 

Publié en novembre 1979.

Produit par Lowell George.

Durée:37:28.

Label:Warner Bros.

Genre:southern rock,swamp rock.

 

En guise d’épitaphe.

 

“Il revenait aux affaires et reprenait progressivement  les rênes de Little Feat…C’est lui qui devait produire le dernier album qui venait de sortir…Et puis, il y eu cette crise cardiaque fatale… Mort. Lowell George est mort… ».

Je me souviens encore très bien du jour de juillet 79 où, Tête de Laine, sustenté à la discographie d’un Little Feat qu’il connaissait sur le bout de ses ongles, a évoqué la nouvelle qu’il venait d’apprendre dans une émission de rock : Lowell George est mort.

La mort remontait à deux, voire trois jours. Ironie du sort, il venait de terminer son album solo, l’excellent Thanks, I’ll Eat It Here (en écoute intégrale ici) la même année, sa réponse à la discrétion qu’on lui reprochait depuis quelques temps au sein de Little Feat, depuis que le clan Barrere jouait la carte du jazz-rock.

En parallèle, Lowell George a bossé sur le LP studio N° 7 de Little Feat qui sera bouclé et publié après sa mort. Ce septième jet, c’est Down On The Farm (en écoute intégrale) de 1979. On retrouve pourtant Lowell derrière 5 des 9 titres du disque et à la production (plus précisément co-producteur).

Ce nouvel album est encore différent de la production du groupe angelin et notamment de celui auquel il succède, Time Loves A Hero de 1977. Sur ce dernier jet, souvenons-nous que Lowell George, la force motrice du groupe, leader charismatique, a très peu contribué à sa réalisation.

On reproche à Down The Farm, dernier disque de Little Feat des 70’s et de ce line-up mythique, sa faiblesse. Ok, il ne vaut pas les 5 sardines sur le képi, il comporte quelques passages à vide avec des morceaux qui ne risquent pas d’être fredonnés un jour ou l’autre (Wake Up Dreaming et Feel The Groove qui n’ont pas laissés de souvenir impérissable en moi), mais il a des moments éclatants. Compte tenu des événements dramatiques qui ont affectés la troupe, on peut lui trouver des circonstances atténuantes.

On ravivera les souvenirs de l’immense talent de son défunt guitariste et de ses grandes performances vocales avec Kokomo, Front Pages News, le trop court Six Feet Of Snow, la ballade Be One Now, Perfect Imperfection. On se remémorera l’humour et la légèreté qui caractérisaient son écriture et que l’on retrouve ici.

Down On The Farm est un bel album ne se résumant pas seulement à Lowell George. En effet, il est un beau travail d’équipe dans lequel l’investissement de chacun est total, comme  si c’était prémonitoire. Les potes étaient là pour le dernier hommage (Robben Ford qui joue sur Perfect Imperfection, Bonnie Raitt, Earl Palmer, Fred Tackett, Sneaky Pete Kleinow…). Comme après tous les enterrements chez les culs terreux, buvons quelques pintes à la santé de ce groupe inouï et de son diable de meneur : Lowell George. Il appréciera, le bougre ! (RAZOR©)

 

1. Down on the Farm.

2. Six Feet of Snow.

3. Perfect Imperfection.

4. Kokomo.

5. Be One Now.

6. Straight from the Heart.

7. Front Page News.

8. Wake up Dreaming.

9. Feel the Groove.

 

Paul Barrère:guitare,chant.

Sam Clayton:congas,chant.

Lowell George:guitare,chant.

Kenny Gradney:basse.

Richard Hayward:batterie,chant.

Bill Payne:claviers,synthétiseurs,chant.

Rosemary Butler,Fran Payne,Bonnie Raitt,Dan Smith,Julia Waters,Luther Waters,Oren Waters,Maxine Waters:choeurs.

Gordon DeWitty:claviers.

Robben Ford:guitare.

Jerry Jumonville:saxophone.

Sneaky Pete Kleinow: pedal steel guitare.

David Lindley:guitare.

Earl Palmer:batterie sur 9.

Fred Tackett:solo guitaresur 4.

Lee Thornburg:trompette,trombone.

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