Mick Taylor.

BIOGRAPHIE.

 

MICK TAYLOR/Londres (Angleterre)

 

Mick taylor with grateful dead 1988

 

Né Michael Kevin Taylor, dit Little Mick ou Mick Taylor.

Né le 17 janvier 1949 à Welwyn Garden (Hertfordshire-Angleterre).

Actif depuis 1964.

Labels:Columbia,Decca,Rolling Stones,Atlantic,EMI,Virgin,CBS,Maze Records.

Genre:rock,blues,blues-rock,jazz.

Site Internet:micktaylor.net

 

La bonne décision au bon moment.

Suppléant d'un Brian Jones devenu erratique à force d'une vie trop rock 'n' roll et viré par les siens, impliqué dans la plus belle période discographique du groupe, guitariste parmi les meilleurs que le rock ait compté (37ème au classement Rolling Stone de 2012), Mick Taylor prend ses distances avec les Rolling Stones, alors que ces derniers sont à leur apogée artistique.

Il fait le choix de sauver sa peau plutôt que de courir après la gloire et le fric. En 1973, Mick devient de plus en plus dépendant aux drogues. Il est conscient que sa toxicomanie du moment est grave et que la mort est au bout ; partant de là, il n'a donc aucun scrupule à tourner le dos aux salles de concerts archi-bondées, au calendrier infernal d'une formation entrée dans une autre dimension, aux after shows délirants, aux groupies agglutinées à ses basques.

Après des tournées américaines (1969 et 1972/73) au cours desquelles les drogues tournent en interne comme jamais, il prend le parti, le 12 décembre 1974, de donner le clap de fin à cette aventure, d'autant qu'il n'a jamais été grand fan du groupe. Ron Wood, sur le premier disque duquel il contribue (I've Got My Own Album To Do/194), lui succède.

Un prodige de la Gibson.

Aujourd'hui, là où les autres Stones roulent sur l'or, lui peine à payer ses factures et à remettre en état une maison dans le Suffolk que le temps a endommagé. Ce prodige de la six cordes, très sous-estimé et mal connu du grand public, n'en nourrit aucune amertume, ni regret et continue à tracer sa voie dans une carrière solo articulée autour du rock et du blues et menée auprès des plus grands : Jack Bruce, Alvin Lee, Bob Dylan, Mark Knopfler, Dr John, Percy Sledge, Carla Olson ou Johnny Copeland.

Portrait d'un artiste dont le jeu de gratte aérien et fluide fut le meilleur complément aux riffs énergiques du sulfureux Keith Richards, d'un acteur qui a participé, rappelons-le, aux plus grands LP studio des Stones, à l'image des légendaires Sticky Fingers, Get Yer Ya-Ya's Out, Let It Bleed et Exile on Main Street. La guitare sur Honky Tonk Women, Wild Horses, Angie, Dead Flowers ou It's Only Rock And Roll, c'est lui. Magnéto Serge !

Des Juniors à Mayall.

Issu d'une famille ouvrière modeste de Welwyn Garden City, ville voisine de St Albans où les Zombies de Rod Argent ont vu le jour, Michael Kevin Taylor, alias Little Mick, passe sa jeunesse à Hatfield à une trentaine de bornes au nord-ouest de Londres.

Au retour d'un concert de Bill Haley & The Comets en compagnie de ses parents, Mick Taylor veut apprendre la guitare. Il apprend de son oncle maternel les bases de l'instrument, alors qu'il n'a que 9 ans. La gratte lui plaît, il la travaille assidûment et ado, il se sent capable d'évoluer dans des formations scolaires de l'école Burleigh de Hatfield où il est scolarisé.

Il a alors 13/14 ans quand il fonde les Juniors (1962) avec le guitariste Alan Shacklock, les frères Glascock, Brian et John (futur bassiste de Jethro Tull) qui constituent la section rythmique et le chanteur Malcolm Collins.

Le groupe de Beat publie un single, There's A Pretty Girl/Pocket Size pour Columbia et se sépare dans la foulée. La filière Glascock donnera naissance aux Hi-Numbers puis aux Who (avril 1964).

En 1965, alors qu'il a quitté l'école et commencé à travailler comme artiste-graveur, Mick retrouve les frères Glascock et repart sous The Gods qui, en 1966, ouvre pour les Cream lors d'un concert à Wembley (Starlite Ballroom) et enregistre, début 1967, un single, Come On Down To My Boat Baby/Garage Man) sur le label Polydor.

Ken Hensley (futur Uriah Heep) et Joe Konas prennent part à cette aventure éphémère, une fois de plus. Et pour cause, Mick Taylor a tapé dans l'oeil de John Mayall et ce dernier cherche un remplaçant à Peter Green pour ses Bluesbrakers.

Mick taylor jeuneMick Taylor, prodige précoce de la Gibson.

Mick taylor the juniorsUn parcours commencé dans les Juniors (1962).

Mick taylor the gods...poursuivi chez les Gods (1965).

Mick taylor bluesbreakers 1967En formation dans les Bluesbreakers de Mayall (1967).

Mick taylor with stonesLa consécration avec les Stones (1969)...

Mick taylor brian jones...où il remplace Brian Jones...

Mick taylor let it bleed...et est associé, jusqu'en 74, à la discographie royale du groupe.

Mick taylor 2017Depuis il trace sa route auprès des plus grands du rock...

Mick taylor et jack bruce 1975...avec Jack Bruce (1975)...

Mick taylor alvin lee 1981...ou Alvin Lee (1981)...

Mick taylor bob dylan 1984..Dylan (1984) et même...

Mick taylor chris spedding et dick rivers...notre Dick Rivers national (et Chris Spedding), en 95.

Mick taylor suiteIl affiche aujourd'hui plus de 50 ans au service du rock.

Le suppléant de l'immense Peter Green.

Des premiers contacts ont été pris entre le guitariste des Gods et le Godfather du Blues en 1965 quand Mayall et ses Bluesbreakers se produisent au Hop de Welwyn Garden City. Eric Clapton, ce soir là, manque à l'appel. Taylor, venu en spectateur avec des membres de son groupe local, propose à John Mayall de remplacer le guitariste défaillant.

Le bluesman blanc accepte et Mick Taylor assure l'intégralité du second set au sein des Bluesbreakers. Mayall apprécie et garde le numéro de téléphone de ce guitariste qui n'a pas froid aux yeux et très talentueux.

Au début de l'été 1967, John Mayall propose à Mick Taylor la place laissée vacante par un Peter Green alors à son apogée, parti formé Fleetwood Mac. Le jeune homme de 17 ans quitte les Gods ; il lance sa carrière au Manor House, club de blues nord-londonien (juin 1967) en même temps qu'il ouvre le troisième volet de la saga Bluesbreakers.

Il fait ses débuts auprès de Keith Tillman (basse), Keef Hartley (batterie), John Mayall (guitare et chant) et des saxophonistes Chris Mercer et Dick Heckstall-Smith. Excusez du peu !

18 ans et déjà star.

Au sein des Bluesbreakers, Mick Taylor prend part à Crusade (septembre 1967/Decca), enregistré en une journée ; propulsé sous la lumière alors qu'il n'a pas 18 ans, Mick Taylor fait valoir un style de guitare fluide et mélodique, montre d'un cran incroyable et d'une grande intelligence.

L'élève assure la succession en se plaçant entre la précision de Clapton et l'aggressivité de Green. Dynamique et tranchant, il se pose déjà en orfèvre de la Gibson.

Aux Etats-Unis, lors de la tournée de début 1968 des Bluesbreakers, l'anglais vole la vedette à Mayall et laisse une grosse impression sur le public américain. La progression de Taylor est fulgurante comme en atteste le double live The Diary Of A Band (vol 1 et 2) publié en 1968.

Taylor est encore de l'excellent Bare Wires (21 juin 1968/Decca) ; il se fait remarquer par son jeu de slide inventif et contribue à porter l'album au 6ème rang des charts britanniques et au 59ème du Billboard américain, une première pour John Mayall.

Alors que les Bluesbreakers sont dissous depuis le 14 juillet 1968, Blues From Laurel Canyon (novembre 1968/Decca) sort sous le nom de John Mayall. Il préfigure le départ du mancunien pour la Californie et annonce la fin du partenariat avec Taylor, dont le rôle est ici très limité.

Brian Jones viré, Mick débarque chez les Stones.

L'opportunité de rebondir pour Taylor vient pourtant d'Angleterre et des Rolling Stones, en proie à de gros soucis relationnels avec Brian Jones. Ils cherchent à virer le blondinet dont ils ne supportent plus les frasques et les défaillances.

Un coup de fil de John Mayall à Mick Jagger permet à l'ex-Bluesbreakers de remplacer au pied levé, en juin 1969, le fondateur de la formation qui va donner le jour aux Rolling Stones.

Après quelques jours de réflexion, Mick Taylor, 20 ans, accepte la proposition. Il ne tarde pas à mettre rapidement le nez dans le guidon : il faut finir les sessions d'enregistrement, engagées depuis plus de 8 mois, de Let It Bleed.

Les Stones ont un statut à défendre depuis la publication de leur chef d'oeuvre précédent, Beggars Banquet (décembre 1968) et entendent bien rester sur une trajectoire identique.

L'entrée de Mick Taylor se fait sur la pointe des pieds dès le 31 mai 1969, soit une semaine avant le limogeage officiel de Brian Jones (le 8 juin 1969). Même s'il n'est pas beaucoup sollicité, il imprime déjà sa marque et son caractère en orientant Country Honk (avec l'assentiment de Jagger et Richards), un morceau country acoustique, vers une version plus électrique et plus rock : Honky Tonk Women, resté 4 semaines en tête du Billboard (août/septembre 1969).

Par le plus grand des hasards, le titre est publié au Royaume-Uni le lendemain de la mort de Brian Jones (3 juillet 1969). Pour le reste, Taylor, sollicité sporadiquement, se contente surtout de quelques overdubs.

Un plus pour la bande à Jagger.

Le concert gratuit donné à la mémoire de Brian Jones à Hyde Park, le 5 juillet 1969, donne l'occasion au nouveau guitariste de figurer pour la première fois officiellement au sein du plus grand groupe du moment.

250.000 personnes (voire le double) s'y pressent pour dire un dernier adieu au défunt guitariste et pour découvrir la nouvelle petite pépite qui le remplace au sein des Stones.

Le groupe n'ayant plus joué en public depuis l'European Tour de 1967 et n'ayant pas beaucoup eu le temps de répéter dans sa nouvelle configuration, ne se montre pas à son avantage. Tout le monde est très nerveux, y compris Mick Taylor. Le concert ne reste dans les annales que pour le côté émotionnel de l'événement, pas pour sa qualité musicale.

Le live extrait de la tournée américaine de 1969, Get Yer Ya-Ya's Out (sorti en septembre 1970) a une autre gueule que la piètre prestation de Londres. Considéré comme un des meilleurs albums publics de tous les temps, l'album révèle des Stones au sommet de leur forme.

Autour d'un répertoire de classiques du groupe, le jeune Taylor se montre très complémentaire de Keith Richards. Ses solos talentueux (Honky Tonk Women, Love In Vain et Sympathy For The Devil) émerveillent le monde entier.

Dans la discographie huppée des Stones.

A l'occasion de cette tournée, Mick Taylor découvre où il a mis les pieds : dans une grosse écurie où la drogue circule au vu et au su de tous, où les fans sont hystériques comme pas deux, où les concerts sont parfois très violents comme celui d'Altamont (6 décembre 1969), par lequel un jeune noir (Meredith Hunter) est assassiné sous les yeux des Stones. Le nom de Mick Taylor est désormais lié à une des pages les plus sombres du rock.

Disque de platine, Sticky Fingers (avril 1971), le fameux LP à la fermeture éclair, signe la fin du partenariat avec Decca et sort sous le propre label du groupe, Rolling Stones Records. Pour la première fois, Taylor peut enfin contribuer pleinement à la réalisation d'un album et influer sur la musique du groupe.

Sa patte très bluesy et son jeu de slide apportent une plus-value incontestable au travail d'écriture de Jagger et Richards (Sway, Moonlight Mile et Wild Horses), lequel sombre de plus en plus dans l'héroïne.

Ecrit entre 1969 et 1972, le monstrueux Exile On Main Street (mai 1972) résume à lui seul ce que les Stones sont alors : divisés, éparpillés géographiquement, toxicomane notoire pour Richards qui entraîne malheureusement Mick Taylor dans cet enfer de la drogue.

Mais les Stones sont les Stones et musicalement, ils s'en sortent de façon inespérée, au regard des conditions d'enregistrement d'Exile On Main Street dans les sous-sols poisseux de la Villa Nellcôte de Villefranche/Mer et de l'état des troupes.

Sur cet album, Mick Taylor est crédité sur Ventilator Blues, au son étrange hérité de la moiteur des caves mal ventilées (d'où le titre de la chanson) de la villa provençale louée par Keith Richards. Bien qu'impliqué dans plusieurs autres chansons affectées au tandem Richards/Jagger, c'est la seule fois où le nom de Taylor est associé aux cadors de l'écriture.

On lui prête depuis certains autres titres comme Time Waits For No One, Moonlight Mile, Sway, Tops et Can't You Hear Me Knocking. Il se posera, plus tard, pour lui le problème de droits non perçus.

Ces détails contractuels pèsent sur la motivation de Mick Taylor qui a la désagréable sensation d'être roulé dans la farine par les Glimmer Twins, nouveau surnom donné au duo Jagger/Richards. Frustré, il assure encore deux albums, Goats Head Soup (août 1973/Rolling Stones Records) et It's Only Rock 'n' Roll (octobre 1974/Rolling Stones Record) et les tournées américaine et européenne.

Sage décision pour sa vie.

Depuis la trilogie magique Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile On Main Street, les Stones s'essoufflent musicalement ; devenu une véritable industrie, miné par les egos et les abus en tous genres, le groupe explose en interne et Taylor et Richards se regardent en chiens de faïence désormais.

En proie à des problèmes de santé et de couple, l'ancien Bluesbreakers, soucieux de préserver les siens et de se ménager en soignant sa dépendance à l'héroïne, quitte le groupe (12 décembre 1974) sans le moindre égard pour les autres membres. Sage résolution, à partir de laquelle les Stones, orphelins de leur maillon fort, vont commencer à sérieusement pédaler dans la semoule...

Persuadé qu'il peut s'en sortir sans les Rolling Stones, Taylor préfère suivre sa propre voie. Dans un premier temps, il se rapproche de Jack Bruce (avril 1975), Carla Bley, Ronnie Leahy et de Bruce Gary dans le but de fonder un nouveau groupe orienté jazz fusion, et de bien montrer à ceux qui souhaitent son échec que le milieu souhaite s'attacher ses services.

Il intègre la tournée européenne du Jack Bruce Band, organisée fin 1975, mais l'affaire tourne court (début 1976), sans que l'on ne sache vraiment pourquoi. On évoque généralement des problèmes de fortes têtes, mais des rumeurs sur la drogue sont également avancées.

Un album est enregistré au cours de cette tournée, lors d'une halte à Manchester le 1er juin 1975 : Live At The Manchester Free Trade Hall. Sur le LP Live On The Old Grey Whistle Test (enregistrements de la BBC de 1975 sortis en CD chez Stran en juin 1999) crédité à Jack Bruce, les 7 premiers titres sont également consacrés à cette formation furtive impliquant Taylor (Suite page 2).

Taylor trace sa route loin des Stones.

Déçu de la tournure prise par cette association, Taylor reste un moment sans ne rien faire d'autre que de jouer du piano. Ce break, chez lui dans le Sussex, l'amène à réfléchir sur la suite à donner à sa carrière. Il n'en sait trop rien alors, mais il a le temps et l'argent pour tenir.

Il sort de sa retraite pour jouer sur 4 titres de l'album du parisien Eric Ter (Sirkel & Co/1976) : Up On Your Cloud, Living In The Laid Back, Riff A Bit et I Haven't Got Too Much Time. A la demande de John Phillips (Mamas & Papas), installé à Londres, il aide ce dernier à réaliser la bande-son du film de Nicolas Roeg, The Man Who Fell To Earth, publié en 1976.

Peu de temps avant, un projet de 3ème LP pour le même Phillips implique l'ex guitariste des Stones. Celui-ci, qui réunit aussi Jagger, Richards et Wood, ne voit pas le jour et les Stones retournent bosser sur Some Girls. Les chutes sont dévoilées début des années 2000, après la mort de l'américain (Pay Pack & Follow/Eagle-2001). Mick Taylor pointe sur Oh Virginia, Zulu Warrior et Very Dread.

Toujours en 76, Mick fait des apparitions, entre autres, sur les projets de Miller Anderson, d'Herbie Mann, d'Elliot Murphy. Il est toujours très sollicité par une myriade d'artistes. Il se retrouve ainsi au côté de Little Feat dont il est l'invité-surprise lors d'un passage des américains pour quatre spectacles à Londres, au Rainbow Theatre (3 août 1977). Il y livre un duel de guitares exceptionnel avec Lowell George sur Apolitical Blues (LP Waiting For Columbus de Little Feat/février 1978).

Mick taylor mick jagger

« Je pense que Mick a beaucoup contribué au sein des Stones. Il a rendu le groupe très musical. Son jeu était très fluide et mélodique. Jamais guitariste n'a eu ce style dans la formation. Ni Keith, ni Brian, ni Ronnie. C'était un plaisir de travailler avec lui. Je m'asseyais à côté de lui, il jouait ses lignes de guitare très fluides et j'y posais ma voix. C'était passionnant. Avec Mick, beaucoup de fans pensent que nous tenions là la meilleure version des Stones. » (Mick Jagger)

Enfin un album personnel !

Il se retrouve à collaborer, durant l'été 77, sur le LP Expresso II du Gong version Moerlen (Virgin/mars 1978), avant de commencer à travailler sur le casting et les chansons qui vont alimenter le premier album solo qu'il a en projet.

Ce disque pour son compte se fait chez CBS. Eponyme, il est publié le 22 juin 1979. Bien accueilli par la critique, il révèle, plus de 4 ans après son départ, que Mick Taylor n'a pas besoin des Stones. Mais le public ne mord pas et l'opus, mal promu, doit se contenter d'un modeste 119ème rang au Billboard.

Mélange de blues, de rock, de jazz et de latino, il est un très bon disque, attachant, décontracté, chaud, authentique, dans lequel le guitariste passe d'un instrument à l'autre et chante. Même si le chant n'est assurément pas son point fort, sa prestation d'ensemble (vocale et instrumentale) est fort honorable.

Invité partout et par tout le gratin du rock.

Mick Taylor, au début des 80's, est new yorkais. Il rejoint le Alvin Lee (Ten Years After) Band sur sa tournée mondiale. Celle-ci se finit avant l'heure pour Taylor qui cède aux sirènes des Rolling Stones et les retrouve à Kansas City (Kemper Arena) pour un concert de leur Still Life Tour (14 décembre 1981). Les retrouvailles avec Keith Richards s'avèrent explosives ; Mick et Keith sont à deux doigts d'en venir aux mains.

L'année suivante et jusqu'en 1983, Taylor prend la route (Etats-Unis et Australie) au sein des Bluebreakers (John McVie, Colin Allen, Mick Taylor et John Mayall). Au cours de cette tournée, l'anglais rencontre Bob Dylan backstage.

Comme par hasard, suite à celle-ci, Taylor se retrouve au casting d'Infidels (mai 1983), puis de Real Live, enregistré pendant l'étape londonienne de la tournée européenne 1984 (4 semaines), avant de contribuer pour un titre, Tight Connection To My Heart (Has Anybody Seen My Love), au 23ème LP du Zim, Empire Burlesque (1985).

Dans le même temps, Taylor continue à entretenir une relation amicale avec Billy Preston, démarrée à Essen en octobre 1973 alors que ce dernier fait la première partie des Stones, et rejoint régulièrement le claviériste texan sur scène.

Oh surprise, à trois jours de la Saint-Sylvestre 1986, Keith Richard vient faire une pige sur un spectacle de son meilleur ennemi, donné au Lone Star Café new-yorkais (Key To The Highway et Can Not You Hear Me Knocking). Taylor renvoie l'ascenseur au turbulent Rolling Stones en venant poser sa guitare sur I Could Have Sought You Up (album Talk Is Cheap/Virgin-octobre 1988).

Juste après qu'il soit intronisé au Rock 'n' Roll Hall Of Fame avec les Stones (1989), Mick, devenu angelin (Los Angeles) est régulièrement invité sur les concerts de ses confrères (Joe Walsh, Grateful Dead, Allman Brothers Band, Johnny Copeland) dont notre Dick Rivers national (1995 à Bobino), ainsi que sur leurs albums (Percy Sledge, Bill Wyman's Rhythm Kings, Carla Olson).

Au début des 90's, alors qu'il a déménagé sur Miami, il crée un groupe (Tumblin' Dice) avec Nicky Hopkins, Bobby Keys, le saxophoniste-ami de Keith Richards, révélé par Brown Sugar, qui tient une boite de nuit dans la cité floridienne.

Un deuxième LP solo 20 ans plus tard.

De retour en Angleterre (milieu des 90's), il signe un nouvel album pour son compte : A Stone's Throw (1998). Le disque est très apprécié des fans de l'artiste. L'éponyme Mick Taylor et A Stone's Throw constituent donc sa discographie personnelle.

Dans les années 2000, l'artiste reste toujours très occupé entre les réunions commémoratives avec John Mayall (70 ans en 2003), puis les Bluesbreakers (2004), l'Hendrix Experience (octobre 2007), Ron Wood (décembre 2010, pour sauver le mythique Club 100 de Londres), toujours Wood, mais avec Wyman et Watts (mars 2011 pour honorer Ian Stewart, co-fondateur des Stones), entre les enregistrements de nouvelles parties de guitare pour des titres bonus de la réédition d'Exile On Main Street (2010), les retrouvailles avec les Stones (novembre 2012, puis entre le 25 novembre et le 13 juillet 2013 et 29 dates en 2014), ainssi que les sessions et les collaborations.

Au final, plus de 50 ans passés dans le rock.

Au terme de plus de 50 ans passés dans le rock, son bilan personnel peut paraître maigrelet, notamment depuis son départ des Stones. Il n'a jamais vraiment eu le retour sur investissement auquel son talent le promettait à 15/16 ans. Il a pourtant mis tous les moyens en œuvre pour booster une carrière solo qui n'a jamais vraiment décollé, autant commercialement qu'artistiquement.

Au final, son parcours individuel est assez éloigné des espoirs qu'il a suscité fin des 60's/début des 70's auprès de Mayall ou sous la casaque des Stones. Cela amène à poser une question : qui, de lui ou des Stones, ont le plus souffert de son départ ? (RAZOR©)

DISCOGRAPHIE 60'S BLUESBREAKERS & JOHN MAYALL.

LP Studio 3 - 1967

 

Mayall crusade

 

JOHN MAYALL & BLUEBREAKERS

CRUSADE – 1967  3,5/5

 

Publié le 1er septembre 1967.

Produit par Mike Vernon.

Durée:45:50.

Label:Decca (UK),London (USA).

Genre:blues-rock.

 

Les Bluesbreakers en mode Taylor.

 

Après Dean, Clapton et Green, les Bluesbreakers de Mayall voient un quatrième guitariste de rang rejoindre le groupe, et pas des moindres : Mick Taylor, 19 ans à peine (il remplacera Brian Jones chez les Stones, suite au décès de ce dernier, en 1969).

L’album qui accueille ce jeune surdoué, déniché par le fin limier qu’est John Mayall, s’appelle Crusade (en écoute intégrale ici) et s’inscrit dans le sillage d’un EP de 4 titres, fait pour Decca Records, avec Paul Butterfield.

La particularité des line-up de Mayall étant de tourner, la formation qui assure les enregistrements de Crusade s’articule autour de Mayall, bien sûr, de McVie, pas encore parti pour Fleetwood Mac (ce qui ne saurait tarder), de Keef Hartley, une nouvelle trouvaille du Godfather of British Blues, de Taylor, ainsi que des saxophonistes Rip Kant (sax baryton) et Chris Mercer (sax ténor).

Mayall, comme dans l’album précédent, intègre quelques cuivres. Toute l’attention porte ici sur la prestation du gamin de Hatfield, Taylor. N’est pas Clapton ou Green qui veut, le petit l’apprend à ses dépens.

Moins bon que les deux LP précédents, Bluesbreakers et A Hard Road, Crusade, mélange les standards du blues et les originaux de Mayall, parmi lesquels un hommage à JB Lenoir, dont la mort dans l’anonymat provoque une réaction épidermique chez Mayall.

Remonté comme un coucou suisse contre la presse rock coupable, à ses yeux, de marginaliser le blues, le bluesman de Manchester part en croisade pour réhabiliter la musique qu’il défend et témoigner toute sa gratitude à cette minorité artistique. D’où le titre, Crusade.

Moins bon, Crusade brasse les genres mais n’en propose pas moins quelques merveilleuses offrandes, telles que Snowy Wood, la piste-phare de l’album, instrumental coécrit par le tandem Mayall/Taylor et dont la prestation du dernier, tout en fluidité, en maturité, en habilité, en originalité, en sensibilité et en improvisation, n’est pas loin de faire oublier les anciens titulaires au poste.

Son jeu sur Driving Sideways (Freddie King) est surprenant pour un jeune de son âge. Oh Pretty Woman (Albert King), Me And My Woman (Little Joe Blue), I Can’t Quit You Baby de Willie Dixon, le Sonny Boy Williamson du nom de Checkin’ Up On My Baby et My Time After A While (Buddy Guy) sont toutes des reprises bien ficelées et restituées à l’identique.

Dans son ensemble, Crusade accroche, mais, personnellement, je ne partage pas l’apport de la section cuivres, fut-elle bonne. Pour amoureux du blues et de Mayall (RAZOR©).

 

1. Oh, Pretty Woman.

2. Stand Back Baby.

3. My Time After A While.

4. Snowy Wood.

5. Man Of Stone.

6. Tears In My Eyes.

7. Driving Sideways.

8. The Death Of J.B. Lenoir.

9. I Can't Quit You Baby.

10. Streamline.

11. Me And My Woman.

12. Checkin' Up On My Baby.

 

John Mayall:chant,claviers,harmonica,guitare slide.

John McVie:basse.

Mick Taylor:guitare solo.

Keef Hartley:batterie,percussion.

Rip Kant:saxophone bariton.

Chris Mercer:saxophone tenor.

 

LP Studio 4 - 1968

 

Mayall bare wires

 

JOHN MAYALL & THE BLUESBREAKERS

BARE WIRES – 1968  5/5

 

Publié en juin 968.

Produit par Mike Vernon,John Mayall.

Durée:45:20.

Label:Decca (UK),London (USA).

Genre:jazz-rock,blues-rock,blues,jazz/blues.

 

Jazz-blues ou blues-jazz.

 

Bare Wires (en écoute intégrale ici), sorti sur Decca Records, en 1968, n’est pas l’album de Mayall (et des Bluesbreakers) le plus facile d’accès. Cet hermétisme explique la raison pour laquelle il est généralement et toujours sous-estimé. Mais qu’est-ce qu’il est bon…

John Mayall, c’est le blues dont il est le précurseur sur le sol européen, l’ambassadeur et le défenseur. Il en est tellement imprégné qu’il part en croisade contre ceux qui ne lui accordent pas le crédit et la place nécessaires, comme en témoigne son album Crusade, le dernier qu’il ait réalisé avec les Bluesbreakers.

Ces derniers reviennent une dernière fois aux affaires pour Bare Wires, autour d’un line-up encore une fois chamboulé. Depuis Crusade, seuls Mick Taylor et le saxophoniste Chris Mercer demeurent fidèles au bluesman blanc.

La section rythmique est partie : le batteur Keef Hartley est remplacé par Jon Hiseman, tandis que John McVie, jusqu’alors fidèle, a été séduit par les arguments de Peter Green et Mike Fleetwood (ex-Bluesbreakers) pour s’engager dans Fleetwood Mac. Tony Reeves reprend la basse laissée vacante. Dick Heckstall-Smith et Henry Lowther, respectivement au sax et au violon, intègrent également l’équipe.

John Mayall, c’est le blues, disais-je. C’est ce que l’on pense jusqu’à ce que l’on écoute les premières phases de ce disque. A la surprise générale, Bare Wires commence de manière étrange, avec des sons venus tout droit d’instruments avec lesquels l’univers musical du Mayall d’alors, ne nous a jamais familiarisés : harmonium, clavecin, violon, instruments exotiques, cuivres.

La randonnée de 22 minutes, scindée en six mouvements, dans laquelle il nous entraîne sans sommations, tient plus du jazz–rock de Colosseum (Reeves, Heckstall-Smith et Hiseman fonderont ce groupe la même année) que de son répertoire habituel.

Le John Mayall de Bare Wires se veut expérimental, audacieux ; élevé au biberon du Delta du Mississippi, Papy John ne s’éloigne pas pour autant du blues qu’il affectionne et pour lequel il mourra, c'est sûr. Il cherche son concept, comme c’est en vogue en cette fin des sixties.

Sa suite expérimentale étirée (la pièce principale du disque) évoque diverses atmosphères, différents styles et laisse l’initiative aux musiciens, qui y vont de leur exhibitions instrumentales (Taylor frise l’excellence à la guitare), de leur solis de sax (Heckstall-Smith fut un membre très actif de la scène jazz londonienne des années 50, avec Graham Bond et Alexis Korner), de batterie (Jon Hiseman) et de basse (de Reeves ; c’est plus surprenant). Comme c’était courant dans le jazz du papa de Mayall et par lequel, il fut indéniablement influencé…

La deuxième partie de Bare Wires est plus variée et plus classique. I’m A Stranger est un émouvant blues à combustion lente, No Reply, plus blues-rock, et Hartley Quits, un bel instrumental jazzy. Killing Time, blues jazzy, voit une participation très inventive à la slide de Mick Taylor (excellent aussi sur I Started Walking), pour soutenir la voix grave de Mayall, pas forcément le meilleur chanteur que j’ai connu.

She’s Too Young a du rythme et Sandy clôture sur une excellente note un disque oublié, pourtant 3ème dans les classements UK et N° 59 du Bilboard 200 US (RAZOR©).

 

1. Bare Wires (Suite).

- Where Did I Belong.

- I Started Walking.

- Fire.

- Open Up A New Door.

- I Know Now.

- Look In The Mirror.

2. I’m A Stranger.

3. No Reply.

4. Hartley Quits.

5. Killing Time.

6. She’s Too Young.

7. Sandy.

 

John Mayall:chant,harmonica,piano,clavecin,orgue,harmonium,guitare.

Mick Taylor:lead guitare,guitare hawaïenne.

Chris Mercer:saxophone ténor et baryton.

Dick Heckstall-Smith:saxophone ténor et soprano.

Jon Hiseman:batterie,percussions.

Henry Lowther:cornet,violon.

Tony Reeves:basse.

 

LP JOHN MAYALL Studio 2 - 1968

 

Mayall blues from laurel canyon

 

JOHN MAYALL

BLUES FROM LAUREL CANYON – 1968  5/5

 

Publié en novembre 1968.

Produit par Mike Vernon,John Mayall.

Durée:47:59.

Label:Decca.

Genre:blues.

 

Parfait !

 

Après l’intermède expérimental jazz blues constitué par l’excellent Bare Wires, John Mayall poursuit sans ses Bluesbreakers, sans la section de cuivres, mais avec Mick Taylor.

Les nouvelles têtes encadrant les deux rescapés de la mouture précédente sont Steve Thompson, jeune et talentueux bassiste, ainsi que Colin Allen à la batterie (ex Zoot Money avec Andy Summers de Police et futur Stone The Crows).

Le Mayall de Blues From Laurel Canyon (en écoute intégrale ici) refait du bon vieux blues de derrière les fagots en revenant à ses racines. Le moins que l’on puisse dire est que cet artiste, au top de son art, meilleur chanteur que dans le passé (c’est la première fois que je le trouve vraiment bon à ce poste), parfait quel que soit l’instrument qu’il joue (orgue, guitare, harmonica), n’a pas perdu ses repères avec le genre qu’il affectionne.

A croire que le séjour angelin (Los Angeles) de trois semaines (chez Zappa et ses potes) qu’il s’est octroyé au milieu d’harassantes tournées, l’a revigoré, tant Blues From Laurel Canyon (nom du quartier alors en vogue à L.A.), enregistré en à peine trois jours à Londres (entre le 26 et le 28 août 1968), est une merveille musicale.

Ces vacances chez l’Oncle Sam, si elles ont exorcisé ses états d’âme du moment, elles lui ont également ouvert les yeux sur la suite à donner à sa carrière ; c’est la raison pour laquelle Mayall recentre l’affaire sur sa personne, en écartant une formation devenue trop lourde à porter et en ne laissant qu’une infime part aux autres accompagnateurs restants.

Dans ce contexte, Mick Taylor, le plus doué du line-up en place, parvient à tirer son épingle du jeu en exploitant les rares possibilités qui lui sont offertes, de s’exprimer. Il s’y engage sans retenue, avec maîtrise et fluidité.

L’album, sorte de journal intime, y gagne en excellence. A feuilleter comme le récit chronologique de cette expérience américaine, Blues From Laurel Canyon débute par le vrombissement d’un réacteur, aveu de son décollage anglais et de son envol pour la terre californienne.

Lui, un des pères fondateurs du British Blues, que va-t-il chercher de l’autre côté de l’Atlantique ? La réponse est dans ce deuxième album solo (après The Blues Alone), autobiographique, composé de vignettes affichant l’humeur du moment. Mayall relate, avec simplicité et sans pudeur, son expérience américaine, avec des mots et des notes.

Il marque surtout la fin d’une époque qui a vu le bluesman blanc s’effacer devant ses élèves, perdant, dans le sillage de ce disque, le dernier surdoué de la classe, en la personne d’un Mick Taylor attiré par les sirènes stoniennes. Il clôt aussi la relation contractuelle avec Decca, au profit de Polydor.

Cela fait beaucoup de choses pour un seul homme, décidé à laisser son avenir entre ses seules mains et qui rebondit, un peu plus tard à… Laurel Canyon. De cette époque déterminante sur le plan artistique et professionnel, il reste ce disque culte, enregistré par un quatuor vieux de deux semaines seulement.

Chronologiquement vécu par l’homme et merveilleusement restitué par l’artiste en une sorte de concept, ce pèlerinage récréatif personnel génère des travaux qui confinent au sublime. Son blues rock enchaîné (tous les titres s’imbriquent l’un dans l’autre), teinté de notes psychés, révélé par ses humeurs américaines, a valeur de référence pour le blues.

Vacation (et son vrombissement de moteur) situe le départ de cette aventure américaine. Mayall arpente le fameux boulevard (à l’harmonica, sur Walking On Sunset), évoque le lieu de villégiature dont Frank Zappa est le proprio (au piano pour Laurel Canyon Home et 2401), y rencontre une charmante dame, (Ready To Ride), vraisemblablement la Miss James (titre N°9) qui lui tourneboule la tronche et le cœur, contre laquelle il s’emporte (Somebody’s Acting Like A Child), pour laquelle il s’émeut (First Time Alone), ou dont il s’éprend dans un corps à corps torride (Long Gone Midnight), implore Medecine Man (psychédélique) pour panser ses plaies d’amour, témoigne sa sympathie à Canned Heat (avec lequel il a joué) et plus particulièrement au gros, Bob Hite (The Bear), avant de reprendre, le cœur gros, un vol pour l’Angleterre (Fly Tomorrow).

Blues From Laurel Canyon est un très grand disque du leader du blues british ; son chant est en tous points remarquable, tendre, révélateur des émotions vécues et des plaisirs partagés ; son passage d’un instrument à l’autre se fait au rythme et à l’intensité de ses humeurs.

Soutenu par des minots domestiqués, Mayall, qui rappelle Peter Green pour une pige (First Time Alone), accorde un unique blanc-seing à Mick Taylor. Il n’aura jamais à le regretter. Son solo dans Vacation est éternel et son intervention dans The Bear (dont l’intro rappelle quelque chose…) fait des merveilles. Le meilleur de Mayall (RAZOR©)

 

1. Vacation.

2. Walking On Sunset.

3. Laurel Canyon Home.

4. 2401.

5. Ready To Ride.

6. Medicine Man.

7. Somebody's Acting Like A Child.

8. The Bear.

9. Miss James.

10. First Time Alone.

11. Long Gone Midnight.

12. Fly Tomorrow.

 

John Mayall:guitare,harmonica,claviers,chant.

Mick Taylor:guitare,guitare hawaïenne.

Colin Allen:batterie.

Steve Thompson:basse.

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S ROLLING STONES.

LP Studio 8 - 1969

 

Stones let it bleed

 

THE ROLLING STONES

LET IT BLEED – 1969  5/5

 

Publié en décembre 1969.

Produit par Jimmy Miller.

Durée:42:21.

Label:Decca/ABKCO,London Records.

Genre:rock.

 

La der de Brian.

 

Au moment des sessions d'enregistrement de Let It Bleed (16/17 novembre 68, 10 février 69), Brian Jones n'est plus qu'un défoncé observant de l'intérieur le monstre qu'il a créé. Les rènes des Stones sont depuis un moment passées entre les mains de Mick Jagger et Keith Richards.

Il doit se résoudre à se contenter des miettes, d'autant qu'il brille souvent par son absence au travail et qu'on lui a mis Mick Taylor dans les pattes. Ce qui est alors dans l'air du temps, se concrétise le 8 juin 1969 : Brian Jones n'est plus un Rolling Stones.

Dans la nuit du 2 au 3 juillet 1969, le talentueux musicien est retrouvé mort au fond de la piscine de sa propriété de Cotchford Farm (Sussex). L'autopsie révèle une prise massive d'amphés et d'alcool. Comme Brian est d'une santé précaire en raison de ces abus réguliers, son cœur ne résiste pas à un énième excès.

Le rock perd un être aimé, les Stones lui rendent hommage deux jours plus tard en programmant un concert gratuit à Hyde Park. 300 000 personnes y prennent part. Sa perte fait autant de battage médiatique que celle de Michael Jackson. Brian Jones entre dans le club maudit de 27.

Let It Bleed (en écoute intégrale ici), sorti en décembre 1969, est donc sa dernière apparition en studio. Le disque fait le lien entre la fin de l'ère Brian Jones et le début de celle dite Mick Taylor, son successeur. L’un comme l’autre ne font ici que des apparitions furtives.

Brian Jones joue un peu de percussions et ce, sur deux morceaux, tandis que Mick Taylor arrive sur la pointe des pieds (Country Rock et Live with me) ; c’est le phénoménal Keith Richards qui assure l’essentiels des guitares.

Il nous sort, le Keith, des accords de derrière les fagots et ça donne des brûlots comme le menaçant Gimme Shelter, avec lequel Let It Bleed démarre ou bien Midnight Rambler. Gimme Shelter - chacun s’en souvient – c’est le titre devenu le symbole du spectacle catastrophe des Stones (Altamont 69).

Let it Bleed est un savant cocktail de country, de blues et de rock. La rythmique est précise, solide, Jagger très bon et Keith Richards hors norme.

Personnellement, dans ce brillant répertoire, j’ai une prédilection pour Love in Vain (une reprise d’un blues de Robert Johnson dans lequel Jagger prend un putain d’accent et où Ry Cooder y plaque un magnifique solo de mandoline), Live With Me, un rock avec solo de sax, You Got the Silver, blues chanté par Keith, Monkey Man et surtout You Can’t Always Get What You Want et son chœur gospel (London Bach Choir).

N° 1 des charts UK et en France, N° 3 sur le marché américain, Let It Bleed dévoile des Stones soudés, inspirés et percutants comme jamais. De quoi passer un très bon moment (RAZOR©).

 

1. Gimme Shelter
2. Love In Vain
3. Country Honk
4. Live With Me
5. Let It Bleed
6. Midnight Rambler
7. You Got The Silver
8. Monkey Man
9. You Can’t Always Get What You Want

 

Keith Richards:guitares,basse,chant.

Mick Jagger:chant,harmonica.

Brian Jones:cithare,percussions.

Bill Wyman:bass,cithare,vibraphone.

Charlie Watts:batterie.

Mick Taylor:guitare,slide guitare.

Nicky Hopkins:piano,orgue.

Ry Cooder:mandoline.

Leon Russell:piano.

Ian Stewart:piano.

Al Kooper:piano,orgue,cor anglais.

Byron Berline:violon.

Mary Clayton:chant.

Jimmy Miller:percussions,tambourin.

Bobby Keys:saxophone ténor.

London Bach Choir:chœurs.

 

LP Studio 9 - 1971

 

Stones sticky fingers

 

THE ROLLING STONES

STICKY FINGERS – 1971  5/5

 

Publié en avril 1971.

Produit par Jimmy Miller.

Durée:46:25.

Label:Rolling Stones.

Genre:rock,hard rock.

 

Un coup de braguette magique.

 

Decca, c'est fini, le contrat le plus avantageux signé en 1965 par des musiciens pop-rock prend fin. Le précédent Let It Bleed (1969) est le dernier album réalisé avec le célèbre label anglais ; il est, paix à son âme, l'ultime opus créditant Brian Jones, même si sa participation est infime. Mick Taylor saute dans la brèche laissée par le départ de Brian Jones juste avant que ce dernier ne décède noyé.

Pour la petite histoire, avant de cesser définitivement la collaboration avec une maison de disques qui l'abrite depuis 1964 et le premier album éponyme, les Stones vont faire une dernière fois dans l'élégance pour régler leurs comptes avec la direction de Decca.

Le rôle du manager de l'époque, le sulfureux Allen Klein s'avère flou dans cette rupture et les Stones ont quelques raisons de l'avoir saumâtre et de ne pas vouloir renouveler l'engagement avec Decca.

Avec Klein, personne autant gonflé que véreux, c'est le loup que Andrew Oldham, co-manager mais préférant se consacrer à la production, a fait entrer dans la bergerie. Les Stones d'alors n'ont plus aucun contrôle sur leurs affaires et ne perçoivent que rarement les droits sur leur musique.

Dans ce contexte tendu et brouillé, ils sont, à leur grande surprise, encore contractuellement redevable d'un single ; le groupe, pour solde de tout compte, compose le scandaleux Cocksucker Blues (le blues du suceur), visiblement écrit dans l'idée de casser Klein qui les a spoliés et Decca dont ils font un complice du système. La chanson ne paraît pas et est finalement reléguée aux oubliettes jusqu'en 1983 où elle figure sur une compilation pour le marché allemand.

Cette année 70, la bande à Jagger rebondit sur le label Rolling Stones Records, distribué dans un premier temps par Atlantic (USA), via Atco, sa filiale. L'objectif est de publier les propres albums du groupe ainsi que les projets plus personnels des membres.

Sticky Fingers (en écoute intégrale ici), sorti au printemps 1971, ouvre le compteur de l'étiquette symbolisée par le célèbre Tongue and Lips. Le logo (de John Pasche) y apparaît pour la première fois sur un disque des Stones.

Côté musique, il est doté d'un son profond et bluesy, le jeu en slide guitare de Taylor n’y étant pas étranger (Sway et Moonlight Mile ou Wild Horses).

Ry Cooder assure la partie guitare sur Sister Morphine. Bobby Keys se brûle les poumons au saxo sur Brown Sugar, morceau à la pesanteur plus classique, sur Bitch, un des standards du groupe, autant de morceaux dans lequels les riffs de Keith Richards, complètement en adéquation, font écho.

Wild Horses (avec Jim Dickinson au piano), à mon avis, est un des plus beaux morceaux désespérés que Mick Jagger ait jamais composé et une bien belle ballade, tandis que Dead Flowers est très drôle.

Intéressant et agréable à écouter, Moonlight Mile et son jeu d’acoustique (Taylor) avec le violon de Paul Buckmaster, You Gotta Move, un blues…

Un mot sur la pochette sortie de l'esprit d'Andy Warhol : à sa publication, le neuvième LP britannique (11ème américain), un des meilleurs albums de la discographie, disposait d’une fermeture éclair s’ouvrant pour révéler les dessous de coton d’un mâle et sorti de l’esprit d’Andy Warhol. Un très grand disque de rock (RAZOR©).

 

1. Brown Sugar.

2. Sway.

3. Wild Horses.

4. Can't You Hear Me Knocking.

5. You Gotta Move Me.

6. Bitch.

7. I Got The Blues.

8. Sister Morphine.

9. Dead Flowers.

 

Mick Jagger:chant,harmonica,guitare acoustique sur 9,guitare rythmique sur 2,percussions sur 1.

Keith Richard:guitare rythmique,choeurs,guitare acoustique,guitare 12 cordes.

Mick Taylor:guitare électrique,guitare acoustique,guitare rythmique,slide guitare.

Bill Wyman:basse,piano électrique.

Charlie Watts:batterie.

Ry Cooder:slide guitare sur 8.

Jim Dickinson:piano sur 3.

Rocky Dijon:congas sur 4.

Nicky Hopkins:piano sur 4.

Bobby Keys:saxophone.

Jimmy Miller:percussions sur 4.

Jack Nitzsche:piano sur 8.

Billy Preston:orgue sur 4/7.

Jim Price:trompette.

Ian Stewart:piano sur 1/9.

 

LP Studio 10 - 1972

 

Stones exile 1

 

THE ROLLING STONES

EXILE ON MAIN STREET – 1972  5/5

 

Publié en mai 1972.

Produit par Jimmy Miller.

Durée:67:17.

Label:Rolling Stones/Atlantic.

Genre:rock.

 

Ultime coup de génie.

 

Exile on Main Street (en écoute intégrale ici) sort en mai 1972. Ce disque ne bénéficiant pas du meilleur accueil à sa sortie est le dernier grand coup de génie des Stones. Mais il est surtout et avant tout l'album de Keith Richards. N'en déplaise au jeune marié Mick Jagger (avec Bianca Perez Morena de Macias, le 17 mai 71 à Saint-Trop') qui, contrairement aux avis unanimes plébiscitant Exile On Main Street comme la plus grande œuvre jamais produite par le groupe et comme un des fleurons du rock des 70's, n'est pas un ardent défenseur de cet opus.

Suite de jams sauvages, torrides, passionnées, réalisées à l'arrache sous drogues et alcools, Exile On main Street est le symbole de la décadence et de la démesure d'un rock 'n' roll dont les Stones sont alors perçus comme les plus grands de tous temps.

Ils règnent sur le genre au point que, dans la foulée de l'excellente réussite commerciale que fut le précédent album à la braguette magique, Sticky Fingers, les Stones, en 1971, sont contraints de s'exiler vers la France et la Côte d'Azur au motif de problèmes avec le fisc.

Cet exil répond à une situation pour le moins grave dans laquelle Allen Klein, le manager véreux avec lequel le groupe est en conflit depuis la fin du partenariat avec Decca, a plongé les finances des Stones. Dans un pays où le taux d'imposition des très gros revenus pèse 83%, les Stones n'ont pas les moyens de s'acquitter du montant réclamé par le fisc anglais, argent déjà englouti dans leur vie rock & roll et que le gestionnaire Allen Klein aurait dû régler depuis longtemps aux impôts.

Bref, le groupe le plus grand du monde, celui qui aligne les succès discographiques et enchaîne les tournées majestueuses, est dans la mouise financièrement parlant. Il est lourdement endetté et le seul moyen d'échapper à la sanction est d'opter pour un statut de non-résident fiscal.

D'où le choix de la France pour rebondir, choix que la condamnation à une interdiction de territoire de deux ans pour détention d'héroïne affectant Keith Richards, fait tourner court. Les Stones doivent quitter l'hexagone cette même année.

En adoptant cette position de repli, les Stones, désespérés, apportent la preuve qu'ils n'ont pas besoin de l'Angleterre pour travailler, comme peuvent le penser les autorités du pays, prêtes à les dépouiller penny après penny.

La situation décuple leur motivation, surtout celle de Keith Richards, le plus virulent pour installer le studio mobile des Stones au pied de la villa Nellcôte à Villefranche-sur-Mer, louée à son nom par le mannequin et actrice Anita Pallenberg, compagne de Keith Richards (1967/80) après l'avoir été précédemment de Brian Jones (1965/67) et d'avoir une relation avec Mick Jagger (1968).

Dans les caves de cette superbe demeure faisant face à la mer et ayant servi de quartier général aux nazis pendant la deuxième guerre mondiale, vont se dérouler les séances d'enregistrement les plus sinistres et hallucinées que l'on peut alors imaginer (dixit Keith Richards) ; celles donnant le jour au double LP Exile On Main Street, joyau du rock et chef d'oeuvre du catalogue stonien par lequel les Stones reviennent aux sources du blues et du R & B.

Ils y abordent des styles musicaux aussi variés que le rock (Happy, Tumbling Dice et All Down The Line) et le blues (Black Angel), mais aussi la soul (Let It Loose), le boogie (Rip This Joint, Turd On The Run), la country (Sweet Virginia) et le gospel (Shine A Light, Just Wanna See His Face).

Durant l’enregistrement d’Exile On main Street, il s’en passe des vertes et des pas mûres, comme on dit. C’est l’époque où les Stones s’adonnent à tous les plaisirs orgiaques du sexe, ingurgitent tout ce qui leur tombe sous la main, alcools comme moyens de défonce, dépensent sans compter pour alimenter en came le défilé vertigineux permanent zonant dans la villa, invités ou pas, amis de la jet set, stars de cinéma, romanciers, musiciens à demeure, groupies, managers, célébrités locales, fans, photographes, parasites et dealers.

A ce petit jeu, le jeune Mick Taylor n'échappe pas à la spirale de l'héroïne ; il y plonge alors que Keith Richards a les deux pieds dedans. Il est complètement accro au point de cramer 2500 dollars par semaine pour sa dépendance. C’est sexe and drogue and rock & roll.

Tout cela sous l’œil de la police française qui épie les moindres faits et gestes de ce groupe à problèmes. Les plaintes fusent de partout, les musiciens n’arrivent pas à enregistrer ensemble dans ce studio monté à la hâte dans les caves humides de la villa. Quand les prises sont enfin possibles, les chansons sont bâclées ou inachevées.

Bill Wyman est à St Paul de Vence, Mick Taylor loue à Grasse, Jagger à la Bastide Du Roy. Les répétitions, quand elles peuvent avoir lieu, tirent en longueur ou se font à des heures indues. C’est le chaos total.

Charlie Watts, pourtant installé à 3 heures de route (dans les Cévennes) est toujours prêt à travailler quand le nouveau marié Jagger, convolant en justes noces, n'assure les réunions de sa présence qu'entre entre deux aéroports. Pour les autres, c'est plan Q et doping organisé.

Enregistrer leur dixième album dans de telles conditions tient donc de l’exploit. Les Stones relèvent le défi, le disque est sublime. Exile On Main Street est l’apogée d’une période, diront certains. Pas faux.

En réécoutant les bandes à Los Angeles où ils ont fui après les problèmes de drogue de keith, les Stones prennent conscience que toutes ces chutes consignées, une fois retravaillées, se révèleront efficaces. Bingo, Exile On Main Street est très bon, compte tenu de son contexte décadent et tumultueux.

C'est ce qu'il ressort, au final, de l'écoute de ce disque au son crasseux, initialement mal reçu par la critique et dans lequel l'auditeur peine à s'installer. Une fois qu'il y est, pris dans une ambiance crade et suffocante, aussi moite que les murs souterrains de Nelcôte, il en apprécie toute la vigoureuse sève et s'éprend de ces Stones à leur apogée artistique et swinguant comme jamais.

Pour la dernière fois, car après ça part en sucette cette affaire ; raison de plus pour se poser sur ce disque et ne plus en sortir (RAZOR©).

 

1. Rocks Off.
2. Rip This Joint.
3. Shake Your Hips.
4. Casino Boogie.
5. Tumbling Dice.
6. Sweet Virginia.
7. Torn And Frayed.
8. Sweet Black Angel.
9. Loving Cup.
10. Happy.
11. Turd On The Run.
12. Ventilator Blues.
13. Just Wanna See His Face.
14. Let It Loose.
15. All Down The Line.
16. Stop Breaking Down.
17. Shine A Light.
18. Soul Survivor.

 

Mick Jagger:chant,guitare,harmonica.
Keith Richards:guitares,basse,piano,chant.
Mick Taylor:guitares,basse.
Bill Wyman:basse.
Charlie Watts:batterie.
Nicky Hopkins:piano.
Bobby Keys:saxophone.
Jim Price:trompette,trombone,orgue.
Ian Stewart:piano.
Billy Preston:piano,orgue.
Bill Plummer:basse.
Al Perkins:steel guitare.
Jimmy Miller:percussions.
Clydie King,Vanetta,Jerry Kirkland,Joe Green,Kathi Mcdonald,Tammi Lynn,Shirley Goodman,Mac Rebennack:choeurs.

 

LP Studio 11 - 1973

 

Stones goats head soup

 

THE ROLLING STONES

GOATS HEAD SOUP – 1973  3/5

 

Publié en août 1973.

Produit par Jimmy Miller.

Durée:46:56.

Label:Rolling Stones/Atlantic.

Genre:rock.

 

Plus daube que soupe.

 

Il est difficile de remettre les mains dans le cambouis après une oeuvre aussi inspirée que peut l'être Exile On main Street. D'autant que Keith Richards, l'élément central du précédent disque cité, a le cerveau de plus en plus altéré par les prises d'héroïne et que le groupe a, depuis quelque temps et où qu'il aille, une épée de Damoclès au-dessus de la tête, à cause des ennuis judiciaires de ce dernier pour usage et trafic de drogue.

En France, les Stones sont jugées persona non grata. Il la quittent dare-dare pour échapper aux poursuites, se replient un moment sur la Suisse avant d'aller se faire oublier du côté de la Jamaïque (fin 72) alors que l'hiver tombe sur l'Europe.

En interne, tout n'est pas rose. Outre la dépendance aux drogues dures de Keith Richards, le groupe doit faire avec un Mick Jagger qui se la joue de plus en plus star et avec un Mick Taylor qui ne fait pas de gros efforts pour montrer qu'il a envie de s'imposer au sein des Stones. Il joue sa partition sans trop en faire. Wyman et Watts, comme d'habitude, suivent sans trop la ramener.

Le bouquet, depuis quelques albums, c'est de voir que les Stones sont devenus une véritable auberge espagnole où se succèdent des musiciens venus tous azimuts. Difficile d'y voir un contexte favorable ou d'espérer une suite du niveau d'Exile quand les Stones poussent la porte des studios de Dynamic Sound à Kingston. Le ver est dans le fruit et Goats Head Soup (1973), malgré Angie, fait les frais de cette situation.

S’il est un album qui, certainement pour la première fois depuis leurs débuts, divise les fans des Rolling Stones, c’est bien ce Goats Head Soup (en écoute intégrale ici) de 1973, à la pochette jaune et floutée sur le visage souriant de Mick Jagger.

Les Stones ont déjà déroulé du câble depuis une décennie et c’est long dix ans dans le rock. Sont-ils encore crédibles, plaisent-ils encore à leurs fans, en ont-ils encore sous le pied ? Est-ce le début de la fin ? Difficile d’y répondre selon que l’on se place dans la globalité de la carrière jusqu’alors proposée par le groupe ou que l’on isole ce disque.

Il est sûr que le parcours exceptionnel qui mène les Stones à ce onzième jet, plaide en faveur des fans persuadés que la bande à Jagger/Richards, abonnée désormais aux salons plus qu’aux studios, a fait son temps et qu’elle se fourvoie dans une approche plus commerciale. Il est vrai que les comparaisons avec ce qui précède ne sont pas à l’avantage de Goats Head Soup.

Cet album marque un coup d’arrêt marquant dans le haut niveau rock auquel nous étions alors habitués de leur part. Personne ne peut nier cette évidence. Le slow Angie fait le reste en trustant comme jamais les hits frenchies, mettant bien le doigt sur ce que les Stones sont dorénavant : des stars embourgeoisées et décadentes, divisées humainement et géographiquement, lassées sur le plan corporel et mental, taries dans le domaine artistique.

En réécoutant cet opus aujourd'hui, je persiste à croire que les Stones se sont arrêtés là, malgré le sursis proposé par It’s Only Rock ‘N’ Roll l’année suivante.

Fades, peu inspirés, soporifiques, tristounets, voire pitoyables et ridicules, même le meilleur de cet album est à des années-lumière du moins bon des travaux antérieurs. Le constat est édifiant : soleil, chaleur, dolce vita et substances lénitives analgésient un projet qui n’a pas grand-chose pour lui.

On écarte le titre d’entrée encore stonien, Dancing With Mr. D en lequel certains entrevoient une légère réminiscence de Sympathy For The Devil (faut oser quand même !), le Doo Doo machin chose, beau réflexe de nervosité, le curieux Winter, Star Star qui ramène aux Stones de Sticky Fingers, et oualou, on ferme.

Même Angie sur lequel j’ai frotté la crevette comme un crevard à l’époque, ne parvient plus à éveiller en moi le plus lascif des souvenirs de conquêtes.

Goats Head Soup n’est donc pas un incident de parcours, il est l’endroit par lequel un immense groupe de rock s’éteint. Compte tenu de sa durée (46 minutes et des), il en devient même pompant à écouter. Oubliez-moi ça, c’est mieux (RAZOR©).

 

1. Dancing With Mr. D.

2. 100 Years Ago.

3. Coming Down Again.

4. Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker).

5. Angie.

6. Silver Train.

7. Hide Your Love

8. Winter.

9. Can You Hear the Music.

10. Star Star.

 

Mick Jagger:chant,chœurs,guitare,harmonica,piano sur 7.

Keith Richards:chœurs,chant sur 3,guitares,basse sur 6.

Mick Taylor:guitares,slide guitare,basse sur 1/3.

Charlie Watts:batterie.

Bill Wyman:basse.

Nicky Hopkins:piano sur 1/3/5/8/9.

Billy Preston:piano,orgue,clavinet sur 2/4,percussions.

Ian Stewart:piano sur 6/10.

Bobby Keys,Jim Price:saxophones.

Jim Horn:flûte.

Chuck Findley:trompette.

Rebop Kwaku Baah,Pascal Raicevic,Jimmy Miller:percussions.

 

LP Studio 12 - 1974

 

Stones it s only rock n roll

 

THE ROLLING STONES

IT’S ONLY ROCK ‘N’ ROLL – 1974  3/5

 

Publié en octobre 1974.

produit par The Glimmer Twins.

Durée:48:26.

Label:Rolling Stones/Atlantic.

Genre:rock.

 

L'usure du pouvoir.

 

On connaissait le tandem de l'écriture Jagger/Richards. Désormais il faut faire avec les Glimmer Twins, pseudo impliquant les mêmes personnalités, mais cette fois à la production. It's Only Rock 'n' Roll (en écoute intégrale ici) est leur première apparition sous cette identité, née d'une anecdote arrivée au cours d'une croisière vers Rio, quelques années auparavant. En termes de première, signalons aussi celle de Ronnie Wood qui fait une petite pige sur le morceau-titre (guitare acoustique 12 cordes et choeurs).

Et à part ça, me direz-vous ? Pas grand-chose. Peu d'arguments à son crédit. Rien de bien probant qui puisse me faire revenir sur ma décision du moment d'en rester là avec ce groupe. Ma relation avec les Rolling Stones s’est achevée sur l’extraordinaire Exile On Main Street paru en 1972. Point barre. Derrière, ça craint. Les Stones s'essoufflent ; ils sont usés et n'ont plus beaucoup de carburant dans le moteur.

Depuis Goats Head Soup, les Stones sont redevenus un groupe comme les autres, mais ils restent les Stones avec toute l’aura qui entoure encore le nom.

Sauf que moi, je ne marche plus dans la combine, je n’en croque plus de ce grand Magic Circus animé par des stars embourgeoisées et décadentes. Tout cela en devient pitoyable.

Il est clair, dès lors, qu’il ne faut pas compter sur moi pour plaidoyer en faveur de ce qui est, il me semble, le douzième LP des Pierres, dont il faut surtout retenir la magnifique pochette du dessinateur d’Outre-Quiévrain, Guy Pellaert, à qui l’on doit aussi le Diamond Dog de Bowie (74) et côté musique, Fingerprint Pile, Time Waits For No More, If You Can’t Rock Me.

Trop inégal, trop moyen, dépourvu de la magie qui animait les seuls Stones que je connaisse, ceux d'Exile et de ce qui précède, It’s Only Rock ‘n’ Roll est un piteux cadeau d’adieu fait au grandiose mais isolé Mick Taylor.

Après 5 ans de bons et loyaux services, il était en droit d’attendre beaucoup mieux. Pour cela, il aurait fallu des munitions… Les Stones ne sont plus le plus grand groupe du monde, il faut s’y résoudre et dire que le pire s’annonce (RAZOR©).

 

1. If You Can't Rock Me.

2. Ain't Too Proud to Beg.

3. It's Only Rock'n'roll (But I Like It).

4. Till the Next Goodbye.

5. Time Waits for No One.

6. Luxury.

7. Dance Little Sister.

8. If You Really Want to Be My Friend.

9. Short and Curlies.

10. Fingerprint File.

 

Keith Richards:guitares,choeurs,basse.

Mick Taylor:guitares,choeurs,synthétiseur.

Charlie Watts:batterie.

Mick Jagger:chant,guitare.

Bill Wyman:basse,synthétiseur.

DISCOGRAPHIE PERSONNELLE 70'S..

LP Studio 1 - 1979

 

Mick taylor lp 1979

 

MICK TAYLOR

MICK TAYLOR – 1979  4,5/5

 

Publié en juin 1979.

Produit par Mick Taylor.

Durée:43:20.

Label:CBS Records.

Genre:blues-rock.

 

Presque parfait.

 

John Mayall, qui le prend sous son aile du temps des Bluesbreakers, dit de lui qu’il faut toujours le pousser au cul, tant il est glandeur. Si l’on s’en réfère à sa discographie clairsemée, il est vrai qu’il n’est pas un monstre de travail, pour son compte, s’entend. Parce que pour les autres, il a déroulé du câble.

Il ? Mick Taylor, vous l’aurez deviné. Il contribue à 7 albums des Stones (1969/75) et pas des moindres. Souvenons-nous de la trilogie royale constituée de Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile On Main Street.

Usé par la drogue, détesté de Keith Richards, il passe quand même cinq ans en leur compagnie. A son départ, il bosse avec Jack Bruce sur une tournée européenne. Cette collaboration, au grand regret de beaucoup de fans de blues, ne débouche malheureusement sur rien.

Il lui faut attendre 1979 pour sortir enfin un disque sous son nom. Pour bien montrer que cet album est le sien, il en fait un éponyme Mick Taylor (en écoute intégrale ici), mais pas celui que l’on est en droit d’espérer d’un ex-Bluesbreakers et ex-Stones.

Ce disque bénéficiant du renfort de Lowell George (Little Feat), gravite autour d’un blues-rock dilettante, fusionné dans un esprit jazzy. Pour un premier jet, il est réussi, très intéressant et dévoile, mais ce n’est pas une surprise, un jeu de guitare extraordinaire.

Cependant, à force de vouloir couvrir un peu trop d’instruments (guitare, slide, synthétiseur, piano), il se perd un peu en route. A l’inverse, quand il est là, le Mick, il est bien là.

L’instrumental Slow Blues, Giddy-Up, S.W.5, Alabama, un super blues acoustique, Spanich/A Minor sont des perles dignes des plus grands. Sur ce plan, il ne craint personne.

Par contre, sa voix n’est pas toujours à la hauteur de son jeu de guitare, même si elle reste acceptable et qu’il fait tout pour rendre une copie propre. C’est séduisant mais il manque un rien pour en faire un disque parfait ! (RAZOR©)

 

1. Leather Jacket

2. Alabama

3. Slow Blues

4. Baby I Want You

5. Broken Hands

6. Giddy-Up

7. S.W.5

8. Spanish /A Minor

 

Mick Taylor:synthétiseurs,basse,guitare,piano,chant.

Lowell George:guitare,slide guitare.

Kuma Harada,Alan Spenner:basse.

Norman Mighell:tambourin.

Pierre Moerlen:batterie,vibraphone.

Jean Roussel:piano.

Mike Driscoll,Richard Bailey:batterie.

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