Terry Reid.

BIOGRAPHIE.

 

TERRY REID/Huntingdon (Angleterre)

 

Terry reid 2 69

 

Actif depuis 1961.

Labels:CBS,ABC.

Genre:blues-rock,rock progressif,folk-rock,hard rock,rock.

Site officiel:www.terryreid.com

 

Un artiste déconnecté.

A l'heure du bilan, alors qu'il affiche 67 ans et plus de 5 décennies au service du rock, Terry Reid a, pour beaucoup, fait de mauvais choix dans sa carrière. Pas sûr... Certes, il a décliné une offre de Jimmy Page pour rejoindre ce qui allait devenir Led Zeppelin, puis une autre de Deep Purple qui voulait en faire son chanteur, préférant tracer sa route seul et s'exprimer dans son art comme il l'entendait.

Malgré d'excellents albums, son oeuvre reste généralement inconnue du grand public. Ceux qui la pratiquent régulièrement savent combien sa musique est géniale et raffinée et que l'artiste déconnecté appartient, depuis le milieu des 60's, à la race des grands balladeurs du rock et des chanteurs exceptionnels. Sa voix est certainement une des plus grandes que l'Angleterre ait jamais produite. Ceci explique cela.

Et si c'est lui qui avait raison ?

Deux tournées mondiales avec les Stones, des circuits américains avec Cream, des tours européens avec Jethro Tull et Fleetwood Mac, les festivals de Wight 69 et Glastonbury 70, des collaborations avec le gratin du rock dont Graham Nash... et si finalement ses choix avaient été les bons ?

Toujours actif aujourd'hui, il vient de signer en 2016, The Other Side Of The River, sorte d'écho discographique à son album culte de 1973, River. Entre prises alternatives, titres inédits et jams intimes, Terry Reid nous dévoile encore une fois toute la préciosité de son travail et donne au séminal River une dimension et une profondeur supplémentaires.

La musique plus que les études.

Terry Reid est natif d'Huntingdon dans le Cambridgeshire mais a surtout vécu à Holywell, à une dizaine de kilomètres de là. Il effectue sa scolarité dans la région, à St Ives, scolarité à laquelle il met un terme alors qu'il a 15 ans, préférant la musique aux études.

Il évolue alors comme chanteur et guitariste dans un groupe local, The Redbeats, avant d'être repéré par Peter Jay, batteur des Jaywalkers qui le recrute pour son nouveau groupe Peter Jay And The Jaywalkers où il remplace Pete Buzz Miller (1965). Jay persuade le jeune homme de le suivre sur Londres.

Cette mouture ouvre une tournée réunissant les Stones et Ike et Tina Turner (automne 66) avant de le faire aussi pour les Yardbirds et de splitter juste après, non sans avoir sorti un single aux retombées modestes, The Hand Do Not Fit The Glove (1967).

Terry reid 1Des mauvais choix de carrière ? Pas sûr...

Terry reid now...en 2017, il trace toujours sa route avec bonheur.

Terry reid the other side of the river

...surtout après la sortie de The Other Side Of The River...

Terry reid river...écho discographique de River (1973).

Le soutien de Graham Nash.

Terry Reid rebondit alors auprès de John Burgess, le producteur EMI, sur les recommandations de Graham Nash (encore dans les Hollies). Reid a 16 ans et forme son propre trio (le Terry Reid Fantasia) qui ouvre pour les Hollies, les Small Faces, les Yardbirds et même Jefferson Airplane, en tournée au Royaume-Uni (1968).

Reid ne laisse pas insensible le Spencer David Group, orphelin de Stevie Winwood ; le poste lui est offert avant que Jimmy Page ne le sollicite pour le projet Led Zep.

Il décline ces offres pour se rapprocher du producteur Mickie Most (The Animals, Herman's Hermits, Donovan, Jeff Beck Group...), propriétaire du label RAK Records. Celui-ci devient son manager et l'affuble du surnom de Superlungs.

Les Stones, les Beatles et Terry Reid...

Sous sa houlette, Reid publie début mai 1968 un premier single, Better By Far/Fires Alive pour lequel les radios se prennent de sympathie, puis un LP Bang Bang You're Terry Reid (1968), composé de 4 belles reprises (Season Of The Witch de Donovan, Bang Bang de Sonny & Cher, Summertime Blues d'Eddie Cochran et Something's Gotten Hold Of My Heart de Cook et Greenaway) et de 6 originaux. Non édité au Royaume-Uni à sa sortie, l'album n'imprime pas auprès du public.

Si l'artiste se cherche encore, il bénéficie toutefois de l'appui d'Eric Clapton qui tient à ce que le trio (le claviériste Peter Solley, le batteur Keith Webb et Terry Reid à la guitare et au chant) accompagne la tournée américaine de Cream. L'étape finale, à Miami, reçoit l'adhésion de la presse.

Au terme de ce périple, il enregistre un deuxième LP (sortie 1969). Disque éponyme largement sous-estimé, spontané, énergique, il est un merveilleux mélange de rock, de blues et de blue-eyed soul.

Reid y fait montre d'une formidable puissance vocale comparable à celle développée par des chanteurs comme Steve Marriott (Small Faces, Humble Pie).

A l'écoute de l'acoustique July ou du bouillant Stay With Me Baby, on comprend mieux les propositions qui lui furent faites par Led Zep et Deep Purple. Scotchant ! Ce qui fait dire à Aretha Franklin qu'il n'y a que 3 choses en Angleterre : les Stones, les Beatles et Terry Reid.

Libéré de l'emprise de Mickie Most.

Ce disque de grande qualité ne permet pourtant pas à Terry Reid de décoller. La faute à Mickie Most qui bride l'artiste ; la volonté du manager est de façonner un interprète de ballades, pas un leader de groupe.

Le musicien est loin d'être de cet avis et fuit l'omniprésent Mickie Most en déménageant en Californie et en faisant le mort le temps que le contrat qui les lie devienne caduque.

Il prend néanmoins part au festival de Wight et à celui d'Atlanta (1970), puis à celui de Glastonbury en 1971.

Avant de s'envoler pour les Etat-Unis, Reid enregistre quelques bandes avec le fidèle Lee Miles ainsi que David Lindley et Alan White, avant qu'ils ne rejoignent respectivement Jackson Browne et Yes ; Eddy Offord (Yes) est également dans le coup.

Sur ces enregistrements figurent les premiers jets de ce qui donnera River, son 3ème LP. Comme il ne peut rien en faire, il contacte Ahmet Ertegun, PDG d'Atlantic Records, auquel il explique les problèmes contractuels avec son manager (1971).

River, sa référence discographique.

Ce dernier fait donner ses avocats qui le libèrent du joug de Most. Terry Reid est aussitôt mis entre les mains de Tom Dowd, le légendaire producteur Atlantic. Ils s'attellent alors à retravailler certaines pistes et à donner le jour à River (1973), un album autour duquel les presses spécialisées vont se montrer unanimes quant à sa qualité.

Terry reid graham nash

« Je n'ai jamais compris pourquoi Terry Reid n'est jamais devenu une star ! » (Graham Nash)

Malgré les efforts du label pour pousser l'artiste et son opus, Reid et son travail font chou blanc auprès du public et l'anglais disparaît aussi vite qu'il est réapparu. L'album reprendra des couleurs avec le temps, au point que l'on évoque aujourd'hui ce disque balançant entre électrique et acoustique comme le graal de Reid, la poutre-maîtresse de sa discographie, à défaut d'un chef-d'oeuvre. Les sessions de l'époque servent de base à l'album The Other Side Of The River évoqué en préambule.

4 LP, 4 labels.

Ami de longue date (depuis les Hollies), Graham Nash produit, en pleine tourmente punk, son N°4, Seed Of Memory lequel paraît en 1976 pour le label ABC Records alors en pleine crise financière. L'influence de Nash (il fait les harmonies vocales sur la première face) transpire sur ce disque mi acoustique, mi électrique, dont certains titres sont dans l'esprit de Songs For Beginners (Graham Nash), de Crosby Stills & Nash, voire de Neil Young. Hélas, les problèmes du label plombent la promotion d'un LP qui, pour faire parler de lui, aurait mérité de sortir quelques années plus tôt.

Assez bon mais pas le meilleur de son catalogue, Rogue Waves (1978) est fait pour le compte de Capitol. Signe de ses choix de carrière discutables et de l'instabilité souvent reprochée à Reid, Capitol est le 4ème label pour autant d'albums solos.

Une popularité jamais démentie depuis.

Ce sera son ultime LP des 70's et il faudra attendre le début des années 90 pour le retrouver en studio et le voir compléter sa discographie personnelle (The Driver/1991).

Entre, il travaille comme musicien de session ; on le retrouve auprès de Don Henley, Jackson Browne, UFO ou Bonnie Raitt. Il cesse d'enregistrer sous son propre nom avant de se relancer en enregistrant des chansons et en se produisant sur scène avec Mick Taylor, Brian Auger ou Jackie Lomax.

Il passe les décennies suivantes à tourner un peu partout : Etats-Unis, Hong Kong, Royaume-Uni. Histoire de soigner une popularité jamais démentie et toujours très marquée, surtout depuis la publication récente du superbe The Other Side Of The River (RAZOR©).

 

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1968

 

Terry reid bang bang you re terry reid

 

TERRY REID

BANG BANG YOU’RE TERRY REID – 1968  3/5

 

Publié en 1968.

Produit par Mickie Most.

Durée:50:20.

Label:Epic Records.

Genre:rock,rock psychédélique,hard rock.

 

Jeune et déjà affûté.

 

Il avait le registre vocal pur et la tonalité juste requises pour casser la baraque, tenait la route en matière de songwriting. Comme il était aussi excellent gratteux et qu'il disposait des appuis qu’il fallait pour se faire connaître et notamment celui de Graham Nash qui l’a recommandé à EMI Records, il est assez inconcevable que la carrière de Terry Reid n'ait pas pris une tournure autrement plus avantageuse pour lui.

Rajoutez à cela, l'omniprésent Mickie Most (l’homme derrière les Herman’s Hermits et Donovan) comme manager, l'intérêt de Jimmy Page qui voulait en faire le chanteur des nouveaux Yardbirds, les faveurs de Deep Purple pour les mêmes raisons, des spectacles d'ouverture pour Cream (68) et les Stones (69) aux Etats-Unis... sur une carte de visite, ça jette. Malheureusement, au final, il est passé à côté de tout.

La faute à pas de chance, parfois, et, souvent, à une obstination qui l’a éloigné des beaux projets qu’on lui a mis entre les mains, ainsi qu’à des décisions qui l’ont plus pénalisé qu’elles ne l’ont servi, lui ayant surtout valu de se mettre l’industrie du disque à dos. Il fallait être fou ou inconscient, peut-être trop sûr de soi, pour scier ainsi la branche sur laquelle il était alors assis.

Terry Reid est pour beaucoup un immense gâchis. Il a tout simplement tracé sa route comme il l'entendait, rétorqueront les autres. Cet anglais était pourtant un kid précoce du rock puisque, dès l’âge de 13 ans, il fondait les Redbeats avant de migrer vers les Jaywalkers (1966), de signer un premier single en 1967, à 16 ans, puis de devenir une figure aux Etats-Unis et de sortir un LP en 1968, le Bang Bang You Are Terry Reid que vous tenez entre les paluches.

A 17 printemps, ce jeune artiste ose quelques reprises particulièrement audacieuses dont une, plutôt furibonde : Bang Bang. Cette habileté à convertir le répertoire d’autrui (Season Of The Witch de Donovan, Summertime Blues de Cochran) s’accompagne d’une belle faculté à composer ses propres pièces comme Erica, Loving Time, Without Expression ou Writing On The Wall.

Il faut écouter, ce trio (Keith Webb à la batterie, Eric Leese aux claviers et Terry Reid à la guitare et au chant) est étonnant. Terry Reid avait incontestablement des atouts dans sa manche et on se demande bien comment il a pu se griller de cette façon. Allez, oublions ça. Chaussez les casques et faites-vous une idée…(RAZOR©)

 

1. Bang, Bang (My Baby Shot Me Down).

2. Tinker, Tailor.

3. Erica.

4. Without Expression.

5. Sweater.

6. Something's Gotten Hold Of My Heart.

7. Season Of The Witch.

8. Writing On The Wall.

9. Summertime Blues.

10. When You Get Home.

11. Loving Time.

 

Keith Webb:batterie.

Terry Reid:guitare,chant.

Eric Leese:claviers.

LP Studio 2 - 1969

 

Terry reid lp

 

TERRY REID

TERRY REID – 1969  4/5

 

Publié en 1969.

Produit par Mickie Most.

Durée:48:45.

Label:Epic Records.

Genre:rock,folk-rock,rock psychédélique.

 

Les yeux pour pleurer.

 

L’histoire ne repasse pas les plats et l’anglais Terry Reid, aussi talentueux guitariste que sublime chanteur de rock, l’a appris à ses dépens. Il aurait pu accepter la main tendue par Page qui l’avait à la bonne, pour devenir le chanteur du Led Zep qu’il était en train de monter à la mort des Yardbirds (il était alors occupé à ouvrir pour les Stones) ou répondre favorablement aux sirènes d’un Deep Purple qui voulait virer Rod Evans ; au lieu de cela, il murmure le nom de Robert Plant à l’oreille du premier et soutient à donf la venue de Ian Gillan dans la formation des seconds qui, pourtant, lui déroulent le tapis rouge. Avouez que c’est ballot et qu’il est passé à côté du jackpot.

Depuis l’âge de 15 ans et l’époque des Jaywalkers, le public et le milieu ne tarissent pas d’éloges sur Reid. Graham Nash, dans un premier temps, puis le producteur Mickie Most, sous le charme, favorisent son avancée dans la profession et misent sur un artiste qui avait tout ce qu’il fallait pour réussir à l’échelon supérieur, là où se trouvent les très grands.

Je ne connais, en effet, pas beaucoup de chanteurs comme lui ; sa voix est phénoménale. Il faut, toutefois et avec le recul, se résoudre à constater que de la coupe aux lèvres, il y a loin. Terry Reid, avec le temps, ça reste l’affaire de quelques enflammés, point barre. Le prodige n’a jamais confirmé, sauf à deux, voire trois exceptions près.

A force d’avoir pris les décisions qui ne s’imposaient pas au regard de son talent, d’avoir opté pour des chemins artistiques solitaires et chimériques, à la recherche de la formule gagnante avec sa propre mouture, Reid s’est pris les pieds dans le tapis et son parcours discographique sonne quelque peu l'inachevé, à défaut de creux.

Trois albums en émergent toutefois, ce LP éponyme (en écoute intégrale ici) de 1969, River (1974) et Seed Of Memory de 1976. Le reste prend place dans le ventre mou du rock : ni franchement mauvais, ni résolument bon.

L’éponyme, similaire à son devancier (mais bien meilleur) est son deuxième jet, il contient plus de plages de grand calibre que certains pourraient en espérer dans leur carrière entière. Reid n’était pas qu’un chanteur charismatique, il en avait également sous la semelle question songwriting.

La preuve, il signe 6 des neuf morceaux du disque. Les autres, Superlungs My Supergirl, Highway 61 Revisited et Stay With Me Baby sont des reprises respectives de Donovan, Dylan et de Jordan Ragavoy, l’auteur du Time Is On My Side des Stones.

Teinté de rock, de hard, de pop, de folk et de blues, l’album Terry Reid réunit un trio, structure que Reid s’entêtait à vouloir privilégier à tout coup et qui, quelque part, l’a enfermé dans ses choix musicaux.

Avec Peter Solley aux claviers et Keith Webb à la batterie, on peut constater ici que la formule à trois avait sa raison d’être et que son insistance à renouveler cette vision n’était pas si farfelue que ça. Mais ça n'a pas imprimé. Dès lors, il eut été préférable de changer son fusil d'épaule.

Tout l’album repose essentiellement sur l’organe vocal de Terry Reid, rugueux, intense, émotionnel. Stay With Me Baby, July, May Fly, Highway 61 Revisited, Silver White Light, Marking Time, Speak Now, Superlungs My Supergirl dans lequel il réinvente Donovan, c’est de la très belle interprétation, de celle qui fait de vous l’une des plus belles voix que le rock des années 60/70 ait engendrée.

Il est simplement dommage que cet authentique espoir n’ait jamais concrétisé les espoirs placés en lui. Ce manque d’opportunisme a plombé sa carrière. Heureusement, il reste ce selftiled qui lui permet de se rappeler à notre bon souvenir. Et, pour lui, les yeux pour pleurer (RAZOR©).

 

1. Superlungs My Supergirl.

2. Silver white Light.

3. July.

4. Marking Time.

5. Stay With Me Baby.

6. Highway 61 Revisited.

7. May Fly.

8. Speak Now Or Forever Hold Your Peace.

9. Rich Kid Blues.

 

Terry Reid:guitare,chant.

Pete Solley:claviers.

Keith Webb:batterie.

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