The Masked Marauders.

BIOGRAPHIE.

 

THE MASKED MARAUDERS/New York (USA)

 

Masked marauders utopie band

Image John Uehland - Mental Floss.

 

Groupe virtuel (1969), né d'un canular.

Label:Reprise/Deity.

Genre:rock.

 

Les Masked Marauders : quelle belle arnaque !

Le rock a ses acteurs, ses techniciens, ses lieux, ses événements, ses légendes. Il a aussi ses hoax, autrement dit ses canulars. Greil Marcus est derrière l’un des plus croustillants pipeaux du rock. Tellement gros, son montage débouchant sur The Masked Marauders, mérite un petit retour en arrière… A la vérité, les Maraudeurs Masqués, c'était du flan !

Citius, altius, fortius... Marcus.

Deux mots d’abord sur le gazier à l'initiative de cette désopilante plaisanterie qui en a tenu plus d'un en haleine à l'époque (1969) : Greil Marcus, c’est du lourd dans la critique rock. Au début des 60's, alors qu'il a 18 ans, il fait la rencontre de Bob Dylan, venu à lui par une intermédiaire alors engagée, nommée Joan Baez.

Depuis ce jour de 1963, Greil Marcus, cumulard coiffant les casquettes d’écrivain, de critique musical mais aussi de professeur de civilisation, tombe sous l’influence de cet être si différent dont il va suivre l’intégralité de la carrière, même si, comme il le dit, il ne lui voue aucun culte et souhaite seulement décoder la société américaine au travers de la musique et de Dylan, du cinéma et de la littérature. Spécialiste de la culture pop américaine, il signe, outre Bob Dylan, des ouvrages sur Elvis Presley, sur Sly Stone ou les Sex Pistols.

Masked marauders lpLe LP de la supercherie - front.

Masked marauders lp backBack, le doute n'est pus permis.

Masked marauders marcus 3Marcus Greil, l'auteur de l'arnaque...

Masked marauders rs 44 oc 69 crosby... annoncée dans le N°44 de Rolling Stone Magazine.

Depuis 1970, Greil Marcus, ancien étudiant de Berkeley (agglomération de San Francisco) écrit des chroniques musicales pour le magazine Rolling Stone. C’est à partir de ce poste stratégique qu’il fomente un des plus grands bobards du rock : les Masked Marauders, les Maraudeurs Masqués dans la langue de Molière.

Le nom est tout trouvé pour y loger la supercherie montée de toutes pièces par le chroniqueur farceur. Je m’explique.

Un super groupe à venir ?

Nous sommes en 1969 et Greil Marcus, critique rock que l’on retrouve alors derrière le pseudo de TM Christian, nom emprunté au roman de Terry Southern, The Magic Christian (1959), fait allusion, dans sa critique du jour, fictive en l’occurrence, à un super-groupe.

Celui-ci serait composé de John Lennon, Bob Dylan, Mick Jagger, George Harrison et Paul McCartney et qui aurait publié un bootleg produit par Al Kooper, l’homme derrière le mythique Super Session (1968) avec Stephen Stills et Mike Bloomfield.  Rien que ça ! C’est d’ailleurs en réaction à la vague générée par ce dernier disque que Marcus aurait imaginé sa facétieuse démarche.

L’examen satirique pondu dans le numéro 18 d’Octobre 1969 de Rolling Stone par Marcus entretient le mystère autour des Masked Marauders comme quoi l’album en question ne peut pas être officialisé pour des raisons évidentes de contrats des uns et des autres avec leur maison de disques.

Le leurre Masked Marauders.

Pour éviter tout problème, sa publication se fait sous une identité secrète qui, il faut le dire, sonne parfaitement rock, ce qui rajoute au leurre. Pourtant à lire entre les lignes, la supercherie est perceptible tant Marcus livre des indices qui ne trompent pas sur le caractère plaisantin de sa chronique : Dylan qui imiterait Donovan, Jagger qui gazouillerait sur I Can Not Get No Nookie, McCartney chantant Mammy…

Avant de quitter le bureau, il met son boss au courant, Jann Wenner, co-fondateur et éditeur du magazine trouvant l’idée géniale. Il n’en faut pas plus pour lancer la rumeur de l’existence de cette formation exceptionnelle révélée par Marcus. Reste à la faire enfler…

A peine émis, le tapage fait autour des Masked Marauders précipite les curieux auprès des disquaires locaux qui croulent sous les appels téléphoniques et les demandes. Bien évidemment, ils tombent des nues.

Marcus et son collègue rédacteur Langdon Winner (Rolling Stone) poussent alors le curseur un peu plus loin et recrutent des musiciens de sessions dont la majorité originaire de Berkeley. A leur intention, ils composent quelques titres, à charge pour eux de faire plus vrai en appuyant l’écrit par un enregistrement palpable supposé avoir été réalisé dans la baie d’Hudson au Canada. En fait, la plupart des titres sont enregistrés dans le garage équipé en studio d’un proche des initiateurs de la blague.

100.000 exemplaires, 144 au Billboard.

La présumée illustre formation est montée autour des Cleanliness And Goodliness Skiffle Band et de Blue Sky qui, par la suite, allait donner Grootna

Il réunit, du premier groupe nommé, Gary Salzman (lap steel guitare), Phil Marsh (guitare et chant), Dynamite Annie Johnston (guitare et chant), Brian Voorheis (guitare, harmonica et chant) et du second, Anna Rizzo à la batterie, Vic Smith à la guitare et Allen Slim Chance au chant.

Masked marauders greil marcus 3

« Le groupe a débuté il y a quelques mois. La rumeur de cet événement était à peine croyable mais elle est devenue inévitable. Les voix montrent clairement les présences de John Lennon, Mick Jagger, Paul McCartney, Bob Dylan et George Harrison auxquels il faut rajouter un batteur dont on ignore le nom mais le groupe s'appelle The Masked Marauders. » (Greil Marcus - 1969)

Sont également dans la combine un certain Mark « The Fox » Voorheis, vraisemblablement parent avec le Brian précédemment nommé et tiens, tiens… Langdon Winner (piano), le journaliste complice de Marcus.

Le label Warner Bros, par le biais d'une identité fallacieuse Deity/Reprise, sort le vinyle dont la pochette est dépourvue de la moindre photo d’artistes supposés y avoir pris part. Seul le nom des Masked Marauders trône sur la couverture. Rien ne permet donc, de prime abord, de démasquer la ruse.

Il faut donc en passer par l’écoute et là… les auditeurs se rendent à l’évidence : ce disque est une grosse arnaque, confirmée par une feuille glissée à l’intérieur de l’emballage. 100.000 exemplaires auraient été écoulés, dit-on.

Le disque, dont certains extraits sont relayés par une radio locale (KMPX de San Francisco) prétendant en avoir la primeur, aurait pointé au rang 114 du Billboard. Pas mal, non ? (RAZOR©).


 

DISCOGRAPHIE 2000.

Réédition LP - 2003

 

Masked marauders reissue

 

THE MASKED MARAUDERS

THE COMPLETE DEITY RECORDINGS (1969) – 2003  2/5

 

Publié en 1969, réédité en 2003.

Produit par Deity Records.

Durée:33:38.

Label:Deity/Reprise,Rhino (réédition).

Genre:Rock.

 

3 pour l'idée ; quant au reste...

 

Les anglophones parlent de hoax. Mr Durand appelle ça un canular et Marius, une cagade ou oun blaga. De quoi retourne-t-il ? Seuls les vieux schnocks baba cools peuvent s’en souvenir et encore fallait suivre les faits du rock pour savoir.

Le 18 octobre 1969 paraît dans les colonnes du très sérieux Rolling Stone Magazine, une chronique éditée sous le pseudo de Christian TM, alias Greil Marcus, rédacteur en chef, puis critique-essayiste de rock. Dans le concert discographique brillant de la seconde moitié de cette année prolifique, qui veut que quasiment chaque semaine prête son cadre à la publication d’un album de très haut niveau ou mythique, ce journaliste, après avoir savamment entretenu le mystère, annonce un album affecté aux Masked Marauders.

La formation réunirait McCartney, Lennon, Harrison, Jagger, Hopkins et Dylan avec Al Kooper comme producteur. Pas moins que ça. Les lecteurs trépignent à l’idée de mettre la main sur le disque d’un nouveau super-groupe, qui plus est après le flop de Blind Faith et le renoncement de Mike Bloomfield anéantissant les espoirs d'une suite à Bloomfield Kooper Stills.

La rédaction du journal est en surchauffe et croule sous les demandes. Sauf qu’en l’occurrence, l’espiègle Marcus monte un bobard de chez bobard, avec le concours de pasticheurs qui, soit dit en passant, s’apparentent plus à Filochard, Ribouldingue et Croquignol qu’à de vrais imitateurs. Elle avait pourtant de la gueule son idée.

Reste l’album d’un groupe de Pieds Nickelés auquel il est difficile de reprocher d’avoir joué le jeu. On leur colle le nom de Masked Marauders pour bien rajouter au cocasse de la tentative de tromperie et on les envoie au casse-pipe.

En fait, les charlatans recrutés sont les Cleanliness And Godliness Skiffle Band, formation de Berkeley, qui tape fréquemment dans la boite à pharmacie, un LP en 68, et qui n’a qu’un souci dans l’opération : rester anonyme. Tu parles Charles.

Maintenant qu’on a commencé les conneries, faut aller au bout et, sous la pression de fans vulnérables, conditionnés pour cette échéance discographique automnale et difficiles à ramener à la raison (il faudra un correctif dans le magazine pour les convaincre que tout cela n’était que farce), faire de ce leurre un vrai disque.

Cet ersatz de réunion au sommet sur laquelle instigateurs et acteurs ont laissé planer le mystère jusqu’au bout, s’écoule quand même à 100.000 exemplaires et passe douze semaines dans les charts. Aberrant ! Il a fallu mentir, travestir, biaiser et inventer pour ne pas éventer cette supercherie et continuer à lui maintenir un soupçon de crédibilité aux yeux des beubeus naïfs.

La chute de cette énorme plaisanterie, c’est ce LP éponyme très très moyen, duquel est pourtant extrait à des fins de single le I Can’t Get No Nookie qui ouvre l’album, interprété par un clone éloigné de Jagger et qui fait les gorges chaudes des ondes FM du moment.

Marcus pousse même le bouchon jusqu’à enjoliver les notes de l'album de ficelles aussi grosses les unes que les autres. Vous aurez compris que ce disque loufoque, bâclé, mal ficelé, monté avec une matière laissant à désirer, n’est pas très convaincant, même si les musiciens eux, dont le recensement précis s’avère compliqué (Anna Rizzo, à la batterie, me semble une grossière énormité supplémentaire), s’en sortent encore pas mal.

La seule chose à retenir de ce LP fictif, réédité à l’identique en 2003 et complété par des bonus (Rhino - The Masked Marauders -The Complete Deity Recordings), c’est l’esprit qui sied au montage de cette incroyable farce. Un tel canular mérite son 3.

N’empêche, ça a dû bien se bidonner dans la salle de rédaction. On savait alors encore s’amuser dans ce métier. Bien essayé quand même ! (RAZOR©)

 

1. I Can't Get No Nookie.

2. Duke of Earl.

3. Cow Pie .

4. I Am the Japanese Sandman.

5. The Book of Love.

6. Later.

7. More or Less Hudson's Bay Again.

8. Season of the Witch.

9. Saturday Night at the Cow Palace.

10. Cow Pie (mono single version).

11. I Can't Get No Nookie (mono single version).

 

Phil Marsh:guitare,chant.

Hank Bradley:violon,mandoline,harmonica,chant.

Brian Voorhees:harmonica,guitare,chant.

Gary Salzman:steel guitare.

Langdon Winner:piano,chant.

Vic Smith,Richard Saunders:basse.

Anna Rizzo:batterie.

Mark Voorhees:batterie,chant.

Anne Johnston:percussions,chant.

Allen Chance:chance.

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

×