Tony Joe White.

BIOGRAPHIE.

 

TONY JOE WHITE/Oak Grove (Louisiane)

 

Tonyjoe

 

Né le 23 juillet 1943.

Actif depuis le milieu des 60’s.

Chanteur-compositeur.

Genre:swamp rock,country-rock,soft rock,country-pop,southern rock, swamp pop, blues-rock.

Label: Warner Bros,Casablanca,CBS,Remark,Polydor,Mercury,Swamp Records, Monument,20th Century…

Site officiel:www.tonyjoewhite.com

 

Le Swamp Fox.

La Louisiane, le plus francophone des états d’Amérique, a donné le jour à l’un des plus brillants artistes de rock : Tony Joe White d’Oak Grove surnommé le Swamp Fox, le renard des marais, ce milieu boueux et vaseux des bayous de son enfance.

Une voix qui traîne, une gratte qui wah-wahte, de la couleur locale dans son écriture, Tony Joe a plus facilement et plus rapidement connecté avec les Européens et la France qu’avec les siens auxquels il a pourtant laissé comme héritage Polk Salad Annie ainsi que Rainy Night In Georgia, dont le déclencheur n’est autre que Ode To Billie Joe de Bobby Gentry, titre couvert avec succès par Ray Charles notamment.

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De la Louisiane au Texas, du Texas au Tennessee.

Gamin d’une marmaille de sept enfants, fils d’un cultivateur de coton et d’une mère cherokee, le petit Tony Joe partage son enfance entre la plantation où il alterne jeu et travail, la rivière proche et les marais et, plus tard, la guitare et le chant, hérités dé soirées sous la véranda à interpréter, en famille et autour du père, country et gospel. L’enseignement de la six cordes se fait en autodidacte.

Grâce à son frère aîné qui a la bonne idée de le confronter à un disque de Lightnin’ Hopkins, il s’éprend du blues et se met en tête d’emprunter également cette voie bluesy. Dans de petits groupes texans d’abord, avant de frapper aux portes de Nashville et de décrocher le gros quand Bob Beckham, impressionné par le personnage et l’artiste, accepte d’écouter ses chansons et de lui donner le petit coup de pouce qui amène le label Monument à le signer. Ses premiers singles n’impriment pas auprès du public américain et c’est en France qu’il perce dans un premier temps avec soul Francisco (1968).

L’effet White s’étend à l’Europe, mais il développe une belle base de fans en Australie également. C’est chez nous et en Allemagne que les termes de Swamp Fox et de Swamp rock, mélange de blues, de rock, de country, de boogie et de styles musicaux issus du creuset musical louisianais, est prononcé pour la première fois pour qualifier et l’artiste et sa musique. Le nom aurait été inventé spécialement pour lui qu’il n’en serait pas étonnant tant il colle à cet environnement.

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« En France, Soul Francisco a été mon premier succès. Bien Avant Polk Salad Annie. L’anecdote veut que, alors que je jouais au Texas, dans un club de Corpus Christi, mon manager déboule pour me dire que j’ai des interviews à accorder à la presse française à ce propos. Pour moi, c’était  comme si j’étais sur Mars. C’est plutôt marrant, car rares étaient les disques de langue anglaise à réussir là-bas. Mais les français se sont connectés à ma musique juste pour son âme et pour ce que restituait la chanson. J’y ai donné à cette époque un concert devant 2000 personnes. Juste moi et ma guitare. Ils ne comprenaient rien aux paroles, mais je les ai vus danser et applaudir comme des fous. C’était vraiment génial. » (Tony Joe White)

Des hauts et des bas.

Black And White (1968) est son premier LP. Les deux suivants Continued (1969) et Tony Joe sont également réalisés pour Monument, une excellente période pour lui. Warner Brothers prend le relais de 1971 à 1973, sans que le succès commercial ne vienne couronner ce créneau : Tony Joe White (1971), The Train I’m On (1972) sont cependant deux albums forts de son catalogue et Home Made Ice Cream (1973), un bon moyen de gamme plus.

Tony Joe se fourvoie dans son expérience avec l’étiquette 20th Century (Eyes/1976), ce qui lui donne matière à réfléchir et à s’octroyer une pause de laquelle il émerge en 1980 avec The Real Thang pour Casablanca. Depuis il est réapparu sous un angle favorable avec Lake Placid Blues (1995) puis avec One Hot July trois ans plus tard. A l’amorce des années 2000, Tony Joe retrouve une belle écriture et enchaîne toute une série de LP de très bon niveau. Le dernier en date, Hoodoo (2013) n’échappe pas à cette bonne habitude prise par White depuis le début du troisième millénaire ; il est en grande forme, proche du Tony Joe du début de carrière. Les années d’errance semblent être derrière lui. Tant mieux car à 70 berges, le temps est désormais compté pour l’insatiable renard des marais (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1968

 

Tony joe white black white

 

TONY JOE WHITE

BLACK AND WHITE – 1968  4/5

 

Publié en 1968.

Produit par Billy Swan.

Durée:35:45.

Label:Monument Records.

Genre:country,pop,blue-eyed soul,swamp rock.

 

Album qui rend TJW addict.

 

Son swamp blues a l’authenticité de la Louisiane, le nom de swamp (marais) aurait été créé pour lui que ça ne m’étonnerait pas tant sa musique sent les marécages infestés de moustiques, le bayou d’Acadie perclus de canaux fangeux sans issue. Nul autre artiste ne la personnifie comme lui.

Connu pour son immense talent de songwriter, Tony Joe White s’est mis tout le monde dans la poche, artistes comme public. Le King en personne lui emprunte son célèbre Polk Salad Annie pour le populariser, Ray Charles et Brook Benton en font de même avec Rainy Night In Georgia. Tina Turner lui pique Steamy Windows, Ray Charles, Wilson Pickett, Dusty Springfield s’approprient Willie And Laura Mae Jones, sans compter Eric Clapton, Mark Knopfler, Emmylou Harris, Roy Orbinson qui, tous, ont eu à ne pas regretter leur choix d’avoir tapé dans le catalogue de Tony Joe. Joe Dassin, Johnny Halliday chez nous, idem.

Une majorité de ses compositions sont devenues des classiques. Avec un penchant pour les riffs distordus, une affinité pour la guitare qui wha-whate et qui en fait un des aspects essentiels du son Tony Joe White, une voix qui n’en finit plus de traîner en route, un harmonica chaleureux et généreux, ce fils de Cherokee en arriverait à faire passer J.J. Cale pour un bleu bite. Personne ne traduit la musique des bayous comme il le fait. Il est le digne héritier de la tradition musicale louisianaise appariée à la musique de bars texane. N’est pas le Swamp Fox qui veut.

Les débuts dans la profession de Tony Joe White sont laborieux et le succès tarde à venir aux States, même si l’Europe et la France notamment, en pincent alors sérieusement pour le Renard des Marais qui pratique un blues profond ne les laissant pas insensibles.

Le label qui l’emploie (Monument Records) juge alors opportun d’accélérer la carrière de Tony Joe White. Un premier album, Black And White (en écoute intégrale ici), produit à Nashville par Billy Swan et en 1969, voit le jour.

Dans sa première partie, White propose des titres signés de sa main, parmi lesquels Willie And Laura Mae Jones, qui traites des problèmes raciaux, Polk Salad Annie, son plus gros succès, et le funky Soul Francisco, grosse réussite en Europe et dans la France de 68.

Don’t Steal My Love et Whompt Out On You complètent agréablement la phase imputable à l’écriture de White. Le revers du LP s’attache à démontrer que Tony Joe White n’est pas que l’auteur-compositeur avisé que l’on connaît, mais qu’il peut être également un excellent interprète du répertoire d’autrui.

Who’s Making Love, le tendre Little Green Apples, le très beau Look Of Love et Scratch My Back en attestent. Black And White n’est pas ce que l’artiste compte de meilleur dans sa besace. Il a toutefois le privilège de mettre le pied à l’étrier du catalogue de cette légende vivante. Au fil du temps et des écoutes, il devient cependant difficile de s’en détacher tant l’effet est addictif (RAZOR©).   


1. Willie and Laura Mae Jones.
2. Soul Francisco.
3. Aspen Colorado.
4. Whompt Out on You.
5. Don’t Steal My Love.
6. Polk Salad Annie.
7. Who’s Making Love.
8. Scratch My Back.
9. Little Green Apples.
10. Wichita Lineman.
11. Look of Love.

 

David Briggs:piano,orgue.

Jerry Carriganbatterie.

Norbert Putnam:basse.

Tony Joe White:guitare,harmonica.

Chip Young:guitare.

Jimmy Isbell:batterie.

LP Studio 2 - 1969

 

Tony joe white continued

 

TONY JOE WHITE

CONTINUED – 1969  3,5/5

 

Publié en 1969.

Produit par Billy Swan.

Durée:36:32.

Label:Monument Records.

Genre:country,pop,blue-eyed soul,swamp rock.

 

Une belle authenticité.

 

Tony Joe White, alias le Renard des Marais (The Swamp Fox), comme l’ont surnommé les allemands, est ce genre de type pour qui la simplicité est une règle de vie essentielle. A l’image de son apparition sur le sol français  en mars 2011 (Ris Orangis dans le 91), à laquelle j’ai eu le privilège d’assister, l’homme au stetson vissé sur le crâne, pourrait aussi bien taper avec vous la pinte au bar du coin, que sortir la gratte au soleil déclinant et tisser, au débotté, sur son fameux rythme hypnotique, un medley improvisé, voire prendre la pose sans rechigner face au énième Nikkon fouille-merde se présentant à lui.

Comparé aux frasques des starlettes à la petite semaine actuelles alimentant les revues people et exagérément démonstratrices pour avoir sorti un hit qui relève plus du pet-de-lapin que de l’œuvre d’art, l’auteur de Polk Salad Annie affiche une grande discrétion, une belle sagesse et un effacement naturel.

Et pourtant depuis plus de quarante ans, il aurait pu se la péter, car Monsieur Tony Joe White incarne la légende du rock à l’état pur. Il n’a pas besoin d’artifices, ne demande pas la lumière des projos, ne se cache pas et semble même gêné d’être là à se faire applaudir.

Humble personnage, il préfère se concentrer sur sa musique et celle-ci, authentique, vaut tous les détours du monde, puisée dans le sud, ses racines, émergée d’un bayou marécageux sans concessions, chaude et sensuelle, oscillant entre blues et rhythm & blues et magnifiée par une guitare qui whawhate comme nulle autre. Sa musique est définitivement ancrée dans l’histoire de l’Amérique.

Le Swamp Fox n’a pas son pareil pour valoriser sur partition et avec élégance la vie dans laquelle il a grandi. Les assises sont blues et country comme Black And White, le premier LP du catalogue le révèle. Continued (en écoute intégrale ici), comme son nom l’indique, est la suite et le deuxième jet de TJW.

Enregistré à Nashville et à Memphis pour Monument Records, il contient Roosevelt And Ira Lee qui fournit le titre de l’album dans sa version portugaise (1993) mais surtout l’excellent Rainy Night In Georgia, écrit en 1962 par White et que Benton Brook popularise en 1970, confirmant, au passage toute l’attention qu’il convient de porter à son écriture faite avec les tripes et d’une belle sincérité.

Même si c’est plus mature que Black And White, Continued, livré dans un appareil naturel, entre conversations, rires et bruits de studios, se positionne dans le ventre mou de la discographie de TJW. Il y a toujours quelque chose à tirer de l’œuvre de cet artiste, même si l’on ne compte pas parmi ses fidèles. C’est encore le cas ici (RAZOR©).

 

1. Elements And Things.

2. Roosevelt And Ira Lee (Night Of The Mossacin).

3. Woodpecker.

4. Rainy Night In Georgia.

5. For Le Ann.

6. Old Man Willis.

7. Woman With Soul.

8. I Want You.

9. I Thought I Knew You Well.

10. The Migrant.

 

Tommy McClure:basse.

Sammy Creason:batterie.

James Milhart:batterie.

Mike Utley:orgue.

Tony Joe White:guitare,harmonica.

LP Studio 3 - 1970

 

Tony joe 1970

 

TONY JOE WHITE

TONY JOE – 1970  5/5

 

Publié en 1970.

Produit par Billy Swan.

Durée:27:51.

Label:Monument Records.

Genre:country,pop,blue-eyed soul,swamp rock.

 

Même les musiques chantent le blues.

 

Troisième dans l’ordre d’apparition au catalogue de White, Tony Joe (en écoute intégrale ici), édité en 1970, pue la vase à des kilomètres à la ronde et exsude une moiteur verdâtre.  Aucun doute, nous pataugeons dans le marais fangeux louisianais, glauque, fétide, enchevêtré et inhospitalier. Sous une peau uniformément crouteuse qu’un museau rugueux déchire de temps à autre, comme pour mieux rappeler aux âmes environnantes, qui est le patron en ces lieux, l’alligator veille. Le bayou respire silencieusement à son rythme, à peine dérangé par la musique induite par  les bourdonnements d’insectes.

Dans l’Amérique suintante des pauvres, des ploucs, des oubliés de Johnson, des blacks, dans ce sud peuplé de cimetières agités par les rituels vaudous, sous la lune rousse d’une nuit de Saint Jean, même les moustiques chantent le blues, la musique du Diable, de la pauvreté, de la détresse.

Cet univers, c’est le marais, le bayou, le milieu ambiant d’un Tony Joe White qui y a détrempé ses chaussures pendant plus d’un quart de siècle déjà. Vous pensez bien qu’il en connaît le moindre des recoins, la plus infime des musiques.

Son surnom de Renard des Marais n’a rien de galvaudé. Il en est l’incarnation même et Stud Spider rappelle d’entrée l'omniprésence du vaudou dans le registre de ces musiciens nés dans le bayou. A l’instar des Dr John, des bluesmen du Delta comme Muddy Waters ou d’Hendrix, Stud Spider est une introduction qui mène droit aux incantations de Marie Laveau, l’incontournable prêtresse de la culture vaudou. L’ambiance est pesante, ordonnée par le jeu de batterie lourd , efficace et régulier de Jerry  Carrigan,  déchirée par des éclairs vifs de wah-wah et portée par une voix exceptionnellement vigoureuse et aussi profonde que celle d’un bluesman black.

Conjure Woman et Save Your Sugar s’inscrivent dans un esprit similaire. Widow Wimberly rappelle qu’à une certaine époque du blues, une histoire, une gratte sèche, un harmonica et le pied pour battre la mesure, façon John Lee Hooker, suffisaient à enflammer l’auditoire.

High Sheriff Of Calhoun Parrish va dans le même sens, tandis que la référence à JLH se concrétise ici avec une adaptation inouïe de Boom Boom (près de 8 minutes). Groupy Girl, la couverture d’Otis Redding Hard To Handle, Stockholm Blues achèvent magnifiquement le travail.

Si ce truc ne vous donne pas des envies subites de chausser le galurin, d’enfiler le treillis et d’aller se mouiller les rangers  dans les marécages de Louisiane, c’est que êtes viscéralement réfractaire à Tony Joe. Dans ce cas, je ne peux rien pour vous (RAZOR©).

 

1. Stud Spider.

2. High Sheriff Of Calhoun Parrish.

3. Widow Wimberly.

4. Groupy Girl.

5. Conjure Woman.

6. Save Your Sugar For Me.

7. Hard To Handle.

8. What Does It Take (To Win Your Love).

9. My Friend.

10. Stockholm Blues.

11. Boom Boom.

 

Tony Joe White:guitare,harmonica.

Norbert Putman:basse.

Mike Utley:orgue.

Jerry Carrigan:batterie.

David Briggs:orgue,piano.

Sammy Creason:batterie.

LP Studio 4 - 1971

 

Tony joe white 1971

 

TONY JOE WHITE

TONY JOE WHITE – 1971  4/5

 

Publié en 1971.

Produit par Peter Asher.

Durée:44:45.

Label:Warner Brothers.

Genre:country,pop,blue-eyed soul,swamp rock.

 

Appelez-le Monsieur Tony.

 

Après Monument Records, c’est au tour de Warner Bros de chapeauter la carrière de Tony Joe White. Avec ses nouveaux partenaires, le louisianais boucle, en 1971, ce qui est, pour son compte personnel, son quatrième LP et ce, en à peine un peu plus de deux ans.

Les sessions d’enregistrement de l’éponyme Tony Joe White (en écoute intégrale ici), produit par Peter Asher (le Peter du Peter & Gordon),  se répartissent entre le Memphis Recording  Studio et le studio Ardent, également de Memphis.

Le moins que l’on puisse en dire est que Monsieur Tony est vraiment le caïd du bayou. Repassée à la moulinette, quarante ans plus tard, la musique de ce disque impose un premier constat : elle n’a pas pris une ride.

Deuxio : Swamp Fox atteint ici un très haut niveau, tant dans son jeu que dans son écriture, qui permet à de superbes pièces d’éclore, comme The Change, They Caught The Devil And Put Him In Jail In Eudora-Arkansas, Black Panther Swamps, Copper Kettle et à des Voodoo Village, Five Summers For Jimmy, A Night In The Life Of A Swamp Fox de se faire une petite place au soleil du sud.

Troisième point : les thèmes récurrents des albums précédents sont reconduits. Du classique donc. On aurait aimé que Monsieur Tony, pour l’occasion plutôt introspectif, nous étonne un peu plus, même si l’apport de la section de cuivres de Memphis et des musiciens du  studio de Muscle Shoals est une agréable surprise, doublée d’une initiative réussie. Tant que l’artiste continuera à voler aussi haut, on ne fera pas la fine bouche : on met dans le caddy (RAZOR©).

 

1. They Caught the Devil and Put Him in Jail in Eudora, Arkansas.

2. The Change.

3. My Kind of Woman.

4. The Daddy.

5. Black Panther Swamps.

6. Five Summers for Jimmy.

7. A Night in the Life of a Swamp Fox.

8. Traveling Bone.

9. I Just Walked Away.

10. Copper Kettle (The Pale Moonlight).

11. Voodoo Village.

 

Tony Joe White:guitare,harmonica,chant.

Louis Collins:saxophone.

Sammy Creason:batterie.

Jack Hale:trombone.

Roger Hopps:trompette.

Wayne Jackson:trompette.

Andrew Love:saxophone.

Robert McGuffie:basse.

Mike Utley:orgue,piano.

LP Studio 5 - 1972

 

Tony joe white the train i m on

 

TONY JOE WHITE

THE TRAIN I’M ON – 1972  5/5

 

Publié en 1972.

Produit par Jerry Wexler & Tom Dowd.

Durée:42:00.

Label:Warner Brothers.

Genre:country,pop,blue-eyed soul,blues-rock,southern rock,swamp rock.

 

Un train de sénateur.

 

Chaque tonalité de sa voix, chaque note expulsée de son harmonica ou grattée sur sa guitare à tendance whawhateuse ont la détresse du blues et ramènent aux champs de coton, tannés par le soleil, remettent au goût du jour le « sale nègre » levé sans ménagement  au son de la corne, suant, ahanant jusqu’à la pleine lune, tenaillé par l’effort, la faim, la soif et la peur d’être passé à tabac, condamné à la misère, la souffrance dans une vie qui n’a plus de sens.

Le blues, la musique du Diable, pansait alors les plaies, avec force alcool comme unique  partenaire pour mieux s’abrutir le cerveau, oublier et repartir au combat. Le sud était esclavagiste, Tony Joe White est sudiste et Oak Grove, sa terre natale, est plantée au milieu des Cotton Fields. Il n’en fallait pas plus pour que le fantôme des Skip James, Lightnin’ Hopkins ne vienne le hanter, lui le blanc qui chante comme un black et qui sort de sa guitare un son unique, nébuleux et marécageux, immortalisé aujourd’hui sous l’appellation de Swamp Blues et en faire, dans le même temps, leur héritier.

Les dépositaires du Delta Blues peuvent dormir sur leurs deux oreilles, leur descendant est l’archétype même de la musique du sud comme en atteste la belle teneur des quatre premiers témoignages discographiques qu’il a livrés jusqu’à cette année 1972, date de la publication de The Train I’m On (en écoute intégrale ici).

Dans un registre similaire aux précédents, quoi que moins swamp mais plus acoustique avec une wha-wha qui s’exprime moins,  ce numéro 5 fait encore mieux. Type d’albums à apprécier plus particulièrement dans la chaleur d’un soir d’été, sous le soleil  déclinant, il est un excellent mélange de blues-rock doux et langoureux, de soul, de country et de folk.

Sobre, chaud, authentique, attachée aux racines, homogène, il est, à mon sens, l’album référence de TJW, en tous cas pour ce qui concerne les années 70. Les beaux moments s’enchaînent les uns aux autres : I’ve Got A Thing About You Me et le magnifique As The Crow Flies qui débutent respectivement les faces A et B, Beouf River Road (la Rivière aux Bœufs est une rivière de Louisiane dont une crue est responsable de la perte de la ferme familiale), la charmante ballade The Gospel Singer, le sombre Sidewalk Hobo, The Train I’m On, The Migrant (et un chant molletonné de White), la chanson-titre et 300 Pounds Of Hongry (et le sublime solo de saxo de Charles Chalmers), qui replonge à pieds joints dans les marécages. 12 titres, 41 minutes : le Train est lancé. Ne ratez pas le bon wagon (RAZOR©).

 

1. I've Got a Thing About You Baby.

2. The Family.

3. If I Ever Saw a Good Thing.

4. Beouf River Road.

5. The Train I'm On.

6. Even Trolls Love Rock and Roll.

7. As the Crow Flies.

8. Take Time to Love.

9. 300 Pounds of Hongry.

10. The Migrant.

11. Sidewalk Hobo.

12. The Gospel Singer.

 

Tony Joe White:guitare,harmonica.

Tippy Armstrong:guitare.

John Hughey:pedal steel guitare.

Roger Hawkins:batterie.

David Hood:basse.

Barry Beckett:piano,clavinet,orgue.

Ronnie Barron:orgue,piano,effets,congas.

Charles Chalmers:saxophone.

Charles Chalmers,Donna Rhodes,Sandy Rhodes,Terry Woodford,George Soulé,Jerry Masters:choeurs.

DISCOGRAPHIE RECENTE.

LP Studio 18 - 2013

 

Tony joe white hoodoo 2013

 

TONY JOE WHITE

HOODOO – 2013  4/5

 

Publié en septembre 2013.

Produit par Jody White.

Durée:45:27.

Label:Yep Roc Records.

Genre:blues,country,pop-rock,country-rock,swamp rock.

 

Dites 33.

 

C’est quand même beau d’avoir la liberté de pouvoir jouer sans contrainte, sans pression, d’avoir la possibilité de squatter le studio autant de temps que nécessaire, sans que la porte ne s’entrouvre toutes les cinq minutes pour contrôler où vous en êtes.

Privilège de l’âge ou élan de déférence envers un artiste qui n’a plus rien à prouver ? Les deux, mon adjudant ! En 2013 et à 70 balais, le Swamp Fox, Renard des Marais en français, n’a plus à montrer patte blanche et fait les choses au rythme qu’il définit lui-même. Aimé de ses pairs pour sa gentillesse et sa simplicité, Tony Joe White signe avec Hoodoo (en écoute intégrale ici) son trente-troisième LP et vous voudriez demander des comptes ou appeler ce grand professionnel à se justifier ?

Quand il entre dans son home-studio, il a dix sept chansons dans sa besace. De quoi voir venir donc et admettre qu’il est toujours aussi prolifique. De ce lot, 9 titres ont le privilège d’être sélectionnés pour représenter Hoodoo dans les bacs. Publiée mi-septembre 2013, quelques semaines après son anniversaire (23 juillet), cette nouvelle collection est essentiellement autobiographique.

Inspiré par le Hoodoo, autrement dit la magie populaire afro-américaine (sorcellerie), cet album réfère surtout à l’esprit qui l’anime et qui dicte son enregistrement. Réalisés dans une ambiance laid-back un peu austère et narcotique, dans une atmosphère de blues délicieusement vagabond et en une seule prise directe, ces titres sont admirables de spontanéité.

Tony Joe White livre ici un très bel album que le regretté J.J. Cale n’aurait pas renié. Il ouvre avec un grand Gift (son cadeau d’anniversaire ?) un swamp-rock poissard, sa marque de fabrique, mais ici agrémenté de guitares qui n’ont peut-être jamais été aussi sinistres.

TJW n’a pas perdu la main, il règne toujours en maître sur un rock marécageux qu’il a lui-même créé il y a cinquante ans. Le rocker des marais, au blues chevillé au cœur, n’a pas beaucoup changé depuis Polk Salad Annie, mais dans ce qu’il fait, il est inimitable, débordant d’énergie. Il suinte le bayou par tous les pores.

Tony Joe White aborde ici des thèmes qui lui sont personnels, comme ce Holed Up au groove hypnotique, à l’image aussi de 9 Foot Sack qui traite de sa dure vie d’ado dans la ferme familiale et de Gift, sur ses premiers pas dans le blues ; il approche également des sujets qui lui sont familiers comme Alligator Mississippi ou dont il a été victime comme The Flood (sur les inondations qui ont touché Nashville en 2010) et Storm Comin’.

A noter par ailleurs les excellentes plages que sont le lent Gipsy Epilogue et l’interrogatif Who You Gonna Hoodoo Now. Seul Sweet Tooth qui conclut le répertoire me laisse quelque peu sur ma faim car, pour le reste, Hoodoo nous ramène au TJW de la vieille école, celle des Polk Salad Annie, sa période référence. Certainement un de ses meilleurs opus. Notre Swamp Fox se porte on-ne-peut-mieux: dites 33 (RAZOR©).

 

1. The Gift

2. Holed Up

3. Who You Gonna Hoodoo Now?

4. 9 Foot Sack

5. Alligator, Mississippi

6. The Flood

7. Storm Comin'

8. Gypsy Epilogue

9. Sweet Toot

 

Tony Joe White:guitare,harmonica.

Bryan Owings:batterie.

Steve Forrest:basse.

LP Studio 19 - 2016

 

Tony joe white rain crow

 

TONY JOE WHITE

RAIN CROW – 2016  4/5

 

Publié en juin 2016.

Produit par Jody White.

Durée:44:51.

Label:Yep Roc Records,Swamp Records.

Genre:Swamp rock,rock,blues.

 

Un genre à lui tout seul.

 

Le Swamp Fox séduit toujours. Si le modus operandi ne varie guère, le bayou, une gratte, un harminica et une voix chaude pour porter le tout, la magie opère encore et toujours. Certes Rain Crow (en écoute intégrale ici), son nouvel album (9 titres), c'est comme un air de déjà entendu mais qui, parmi ses fidèles de la première heure, peut oser dire qu'il se lasse de ce blues riche et savoureux ?

L'univers musical de l'auteur de Polk Salad Annie et de Rainy Day In Georgia, respectivement immortalisés par le King et Ray Charles, a certainement un côté répétitif qui pourrait en rebuter plus d'un, mais le swamp rock qu'il a initié et façonné tout au long de sa carrière, cette sorte de mélange intrigant de soul, de blues, de country, de gospel, de Hillbily et d'effluves émergées des marais de Louisiane ou du Mississippi, ça marche toujours aussi bien alors que l'artiste affiche bientôt une décennie dans le business, toujours loin de ses sirènes et que l'homme n'est pas loin de boucler un troisième quart de siècle (il a 73 ans). Je dis respect.

Le Renard des Marais reste ici affilié à ce qu'il a toujours fait et aimé faire, demeure fidèle à ses valeurs. Rain Crow n'offre rien d'innovant puisque Tony Joe White persiste se pencher sur le passé pour avancer. Peu lui importe en fait, seul le plaisir compte. Tony Joe n'a plus de comptes à rendre ; il se contente de jouer son blues, de chanter ses mélodies accrocheuses, lancinantes, de cette belle voix chaude, sensuelle, grave et profonde, bien que tiraillée par l'avancée dans l'âge, ou de les souligner à coup de lignes d'harmonica dont il a le secret.

N'empêche, le répertoire de ce volume 19, homogène, profond, tendre, passionné, moite, recèle une fois encore de belles pépites à l'instar de Hoochie Woman, du succulent The Bad Wind, de la belle ballade Right Back In The Fire, du mélancolique Where Do They Go, de l'étonnant Conjure Child, de l'endiablé et inquiétant The Opening of The Box, de Tell Me A Swamp Story ou de In The Middle Of Nowhere, co-écrite avec le producteur-acteur et musicien Billy Bob Thornton, l'ex mari d'Angelina Jolie.

Tout est bon dans Rain Crow, reflet d'une carrière dont rien n'est à écarter. Mais c'est sans chichis, droit au but, authentique, sans superflus et brut de décoffrage. Poisseux, quoi, comme le marais dans lequel il a toujours un pied et où il y puise son inspiration autant qu'il y bâtit depuis des lustres un héritage musical qui lui est très personnel ! Assurément une des belles réussites blues-rock de 2016 (RAZOR©).

 

1. Hoochie Woman.

2. The Bad Wind.

3. Rain Crow.

4. The Opening Of The Box.

5. Right Back In The Fire.

6. The Middle Of Nowhere.

7. Conjure Child.

8. Whre Do They Go.

9. Tell Me A Swamp Story.

 

Steve Forrest:basse.

Bryan Owings:batterie,percussion.

Tony Joe White:guitare,harmonica,chant.

Tyson Rogers:claviers.

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