J.J. Cale.

BIOGRAPHIE.

 

J.J. CALE/Okhlahoma.

 

J j cale

 

John Weldon Cale dit J.J. Cale.

Né le 5 décembre 1938.

Décédé le 26 juillet 2013 en Californie.

Années actives:1958/2013.

Labels :Shelter,Mercury,Polygram,Virgin,Rounder,Silverstone.

Genre:Americana,Cajun blues,swamp rock,country-rock,Tulsa Sound.

Site officiel:jjcale.com

 

R.I.P J.J.

Le 26 juillet 2013, le père du Tulsa Sound, J.J. Cale, s’est éteint dans un hôpital de la banlieue de San Diego où il fut admis après une crise cardiaque. Une légende du rock nous a quittés. Mais pas n’importe laquelle, J.J. Cale, le grand Djay Djay. Celui dont Clapton, parmi ses contemporains du milieu, a couvert le plus souvent les titres, les a portés au pinacle (Cocaine, After Midnight, I’ll Make Love To You Anytime, Travelin’ Light), qui a partagé le bel album qu’est The Road To Escondido (2006) et lui a témoigné la plus belle des reconnaissances en réunissant les potes pour les besoins de The Breeze, An Appreciation Of J.J. Cale (2014).

Jj cale young

"De tous les musiciens que j'ai entendus, Jimi Hendrix et J.J. Cale sont les meilleurs joueurs de guitare électrique." (Neil Young)

Fidèle à sa philosophie.

John Weldon Cale n’est plus, mais il a été. Oh que oui, il a été. Malgré  l’anonymat qu’il s’est forgé, la discrétion qu’il a toujours entretenue, le succès, J.J. n’a jamais dévié de son cap, n’est jamais sorti du rythme duquel le star système aurait voulu l’en extraire. Il n’a jamais dévié de cette philosophie de vie, s’en foutant comme de l’an 40 qu’on le traite de Lézard de l’Oklahoma ou qu’on le juge paresseux au motif de ne pas rentrer dans le jeu de ceux qui dictent les règles du business.

J j cale

J j cale 2

Musique pépère.

Sa musique est le parfait reflet de son choix d’existence pépère. Elle lui est propre cette musique aux paroles marmonnées, simples, identifiée sous Tulsa Sound et caractérisée par la nonchalance de son blues campagnard décontracté teinté de jazz, en laid back comme on dit, un style qui a défini un des artistes les plus importants du rock.

Un magnifique catalogue.

Inversement, on ne dira jamais assez le rôle de Clapton dans l’avènement de Cale, l’anglais s’étant approprié à son insu After Midnight, qu’il a immortalisé, dans une période où J.J. Cale végétait et vivait dans la promiscuité, envisageant même son retrait du milieu.

Tout est parti de là, tout s’est enchaîné, le succès de Cocaine en 1977 et la couverture de Call Me The Breeze (1974) par Lynyrd Skynyrd ont amené beaucoup de fans de Clapton à daigner fouiller le catalogue de Cale.

Le catalogue de Cale s’ouvre pourtant en 1972 avec un Naturally qui aurait dû éveiller les soupçons à son propos.

Ce disque est un monument du rock mais ne parvient pas à extirper son auteur de sa retraite imposée. Et derrière Naturally, ça tombe comme à Gravelotte : Really (1973), Okie (1974), Troubadour (1976), 5 (1979) et puis Shades, Grasshopper, 8, Travel-Log, 10, Closer To You, Guitar Man, To Tulsa And Back jusqu’à Roll On, son dernier.

Cale était un grand songwriter, un grand joueur de guitare, instrument appris dès l’âge de 10 ans, il aurait pu capitaliser sur ces atouts, mais il avait fait le choix de vivre dans l’ombre et de laisser aux autres les lumières des projecteurs pour promouvoir son travail.

Outre Clapton et Lynyrd Skynyrd, Tom Petty, Carlos Santana, l’Allman Brothers Band, le Band, Jerry Garcia, Waylon Jennings, Jonny Cash, Mark Knopfler, Captain Beefheart, Bobby Bare ont eux aussi succombé à la Calemania. Et si J.J. Cale doit tant à Eric Clapton, que doit-on penser de l’inverse ? (RAZOR©)

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1972

 

J j cale naturally lp record 424898

 

J.J. CALE

NATURALLY – 1972  5/5

 

Publié en 1972.

Produit par Audie Ashworth.

Durée:31:41.

Label:A&M au Royaume-Uni,Shelter pour les States.  

 

Pour le plaisir.

 

Depuis 1972, date de la sortie de son premier album, Naturally (en écoute intégrale ici), J.J. Cale compte à son actif une quinzaine d’albums studio. C’est pas bézef. Celui qui passe pour le flemmard du rock et dont les galettes successives sont le reflet de ce tempérament « cool la vie », n’en a pas moins conservé un large public de fans depuis quarante ans. C’est un signe. Il est peut-être le seul dans ce cas, à travailler au ralenti. Mais il travaille.

Comme son travail n’en souffre pas ou peu, peut-on le lui reprocher ? John Weldon Cale, dit J.J., ne s’en offusque pas plus que ça, a appris à faire avec cette prétendue paresse que les journalistes se plaisent à remettre sur le tapis à chaque occasion et continue à pondre, au compte-goutte certes, des albums qui, n’ont pas pris une ride. Tout n’est pas de la meilleure veine, je vous le concède, mais l’essentiel de sa production a de la gueule et beaucoup d’artistes sont venus y piocher leur bonheur (Dire Straits et Lynyrd Skynyrd notamment).

Eric Clapton, en s’accaparant After Midnight pour les besoins de son premier album éponyme de 1970 et en le portant dans le top 20 US, va faire les affaires de J.J. Cale et lancer sa carrière. Son compteur discographique se débloque avec Naturally, l’album de tous les classiques.

Il lui aura quand même fallu quasiment neuf mois pour le boucler. Les mauvaises langues ressortent alors le traditionnel refrain sur le lézard de l’Oklahoma, sans qu’il soit pourtant responsable de ce rythme et de ce retard. Les raisons sont cette fois-ci financières et dues également  aux disponibilités fluctuantes du petit studio 4 pistes qu’Audie Ashworth, chanteur de country et vieille connaissance rencontrée à Nashville, ingénieur, producteur,  lui a dégoté.  

Ce dernier encourage Cale à sortir de l’ombre de Clapton et le soutient pour enregistrer Naturally. Faisant jouer son réseau, il atterrit chez Shelter Records, la nouvelle étiquette que le tulsan Leon Russell vient de créer avec Danny Cordell. Pour la petite histoire, ce label sortira le premier single américain de Bob Marley Duppy Conqueror, tandis qu’Ashworth couvrira toute la production discographique des années 70 de J.J. Cale.

D’entrée,  l’artiste de Tulsa installe son style somnolent et décontracté, sa cadence pépère et libre de toute pression commerciale. Ce premier opus, réalisé dans un esprit récréatif, fait pour prendre la température, a aussitôt l’adhésion de la presse et du public.

After Midnight, Call Me The Breeze, Magnolia, Crazy Mama, Call The Doctor, Crying Eyes, Nowhere…n’en jetez plus, la cour est pleine. En y arpentant les voies du blues, de la country, du R&B, J.J. Cale déroule paisiblement, sans se prendre le chou. Faussement apathique, l’énergumène Cale installe ce climat particulier, ce cadre très agréable et faussement nonchalant, ce son distinctif porté par une voix chaleureuse, qui ont été, et sont toujours sa marque de fabrique, marginalisant ce fils de l’Oklahoma qui, il est vrai, fait, pour beaucoup, tache dans le rock du moment.

Naturally s’installe dans le top 50 et sort Cale de son statut d’artisan, sans que rien n’ait été programmé. Presque malgré lui. Simplement, autour de son noyau de potes… Sont là notamment Carl Radle, un autre tulsan, Tim Drummond, qui a battu pour Neil Young entre autres, le steel guitariste texan Weldon Myrick, Norbert Putnam, le bassiste formé à l’école Muscle Shoals, David Briggs, Karl Himmel, que l’on retrouve aux fûts sur Self Portrait (Dylan), Chuck Browning, un fidèle des albums de Cale… Cette réunion de proches témoigne de l’intérêt porté par ses pairs à l’artiste.

Le disque est concis, certes, mais impeccable dans ses douze titres. On ne le boudera pas sous prétexte que… Conneries de petits journaleux fouille-merde. Cale est un grand personnage de la musique rock. Il faut faire avec. Aujourd’hui encore, son country-rock soft et qui n’appartient qu’à lui, n’a pas toujours la reconnaissance, qu’il mérite, du rock. Peu importe, il semble heureux.

Très grand guitariste, Cale a amassé des perles inestimables dont le rock profite pourtant  bien. J’en veux pour preuve le planétaire Cocaine dont il est l’auteur. Quand on a pondu des trucs indémodables comme ça, on peut rouler des mécaniques. Pas lui. Il préfère la discrétion et le bonheur simple. Et ça, ça emmerde grave les tabloïds avides de potins pour exister (RAZOR©).   


1. Call Me The Breeze.

2. Call The Doctor.

3. Don't Go To Strangers.

4. Woman I Love.

5. Magnolia.

6.  Clyde.

7. Crazy Mama.

8. Nowhere To Run.

9. After Midnight.

10. River Runs Deep.

11.  Bringing It Back.

12. Crying Eyes.

 

JJ Cale:guitare,chant.

Karl Himmel,Chuck browning,Tim Drummond:batterie.

Carl Radle,Norbert Putnam:basse.

Bob Wilson,Jerry Whitehurst:piano.

David Briggs:piano,orgue.

Weldon Myrick:steel guitare.

Buddy Spicher,Shorty Lavender:violon.

Walter Hayness:dobro.

Mac Gayden:slide guitare.

Ed Colis:harmonica.

Diane Davidson:choeurs.

LP Studio 2 - 1972

 

J j cale really lp record 341750

 

J.J. CALE

REALLY - 1972

 

Publié le 30 novembre 1972.

Produit par Audie Ashworth.

Durée:30:55

Label:Polygram International-Mercury.

 

1. Lies.

2. Everything Will Be Alright.

3. I'll Kiss The World Goodbye.

4. Changes.

5. Right Down Here.

6. If You're Ever In Oklahoma.

7. Ridin' Home.

8. Going Down.

9. Soulin'.

10. Playing In The Street.

11. Mo Jo.

12. Louisiana Women.

 

J.J. Cale:guitare,chant.

Barry Beckett,David Paul Briggs,Bobby Woods:piano.

Bill Boatman,Jimmy Johnston:guitare.

David Paul Briggs:piano.

Kenneth A. Buttrey,Roger Hawkins,Jim Karstein,George Soulé:batterie.

Jimmy Capps,Mac Gayden:guitare.

Vassar Clements:violon.

Kossie gardner:orgue.

Gary Gilmore,David Hood,Norbert Putnam,Bob Ray,Joe Zinkan:basse.

Josh Graves:dobro.

Bob Holmes:cor.

Bill Humble:trombone.

Charlie McCoy:harmonica.

Farrell Morris:percussions,congas,batterie.

Bob Philips,Don Sheffield:trompette.

Norman Ray Bass:saxophone,choeurs.

Robert Tarrant:congas.

LP Studio 3 - 1974

 

J j cale okie 1974

 

J.J. CALE

OKIE - 1974  4,5/5

 

Publié le 30 avril 1974.

Produit par Audie Ashworth.

Durée:29:10.

Label:Polygram International-Mercury.

 

Ok pour Okie.

 

Fin juillet 2013, on a tous pris un sacré coup derrière la tête avec l’annonce de la mort de J.J. Cale. Pour Clapton, il compte parmi les artistes les plus importants du rock. Neil Young affirme, de son côté que, de tous les guitaristes électriques qu’il ait jamais entendu, le Okie et Hendrix sont les meilleurs. Bowie crie au génie.

Nous, les anonymes, les sans grades, on retient surtout qu’il reste la figure incontournable du laid back. Pour nous consoler de sa perte, il nous reste ses classiques de country-rock décontractée comme  After Midnight, Call Me The Breeze, Cocaine, Crazy Mama, Cajun Moon, Sensitive Kind, Ride Me High, Don’t Cry Sister…), un répertoire dans lequel Bertrand Blier a puisé à satiété pour les besoins de son film La Femme De Mon Pote.

J.J. Cale était plus populaire dans l’hexagone qu’il ne le fut aux Etats-Unis. Chanteur à la voix nonchalante repris par les plus grands du rock (Allman Brothers, Johnny Cash, Santana, Lynyrd Skynyrd, The Band…), John Weldon Cale, de son vrai nom, a duré quatre décennies, laissant un héritage de plus d’une quinzaine d’albums solos.

De l’avis général, on tient Troubadour (1976) pour son meilleur travail, mais rien de sa discographie ne laisse vraiment indifférent, de Naturally (1972) à Roll On (2009). Au lieu de focaliser sur les disques qui ont le plus connecté commercialement parlant, j’ai fait le choix de m’attarder sur Okie de 1974, pris en tenaille, avec son prédécesseurs Really (1972), entre les deux meilleurs jets de sa période 70’s (Naturally et Troubadour).

Okie est son numéro 3. Enregistré essentiellement à Nashville avec son pote Audie Ashworth et bénéficiant du soutien de Tim Drummond, de Karl Himmel, de Reggie Young et de Pig Robbins notamment, il recense 12 titres qui ne prolonge pas l’écoute au-delà de la demi-heure. Le père du Tulsa Sound, façonneur d’une norme idéale pour instants paresseux, bâtisseur d’une musique-antidote efficace contre le stress et l’agitation, joue sur la brièveté des compositions. Rares sont celles qui émargent au-dessus des 3 minutes.  

Le cul-terreux de l’Oklahoma, un Okie comme on dit là-bas, au style et au phrasé uniques, à la finesse rare, à la voix traînante aux notes sudistes, refait ici du Djé Djé. Simple pour ne pas dire minimaliste, intime, sans prise de tête, c’est son label, sa raison d’être dans la musique et, même s’il donne l’impression d’être redondant d’un album à l’autre, il y a chaque fois quelque chose à tirer de ses apparitions discographiques.

Okie n’est pas considéré comme un album majeur de Cale et je crois qu’on lui fait un mauvais procès. Il est vrai qu’il n’a pas les arguments fumeux que l’on prête à Troubadour ou à Naturally, sa matière étant un chouïa en deçà. Quoi qu’il en soit,  chacun pourra s’y retrouver sur une piste ou une autre de ce répertoire varié qui englobe country, blues et rock. Les bonnes surprises ne manquent pas, à l’instar des titres inspirés que sont Cajun Moon, The Old Man And Me, Crying, Starbound, I’ll Be There If You Ever Want Me, Rock & Roll Records, Precious Memories et Okie.

Là où l’avis populaire général propose une note de 3/5, j’y vais personnellement d’une petite barrette supplémentaire, c’est mon droit le plus strict ; cette note me semble plus en rapport avec la qualité globale de l’ensemble. 7 belles pièces sur 12 (quasiment des classiques de l’artiste), magnifiquement produites de surcroît, ça tutoie le greatest hits. Ce qui justifie plutôt un 4 (RAZOR©).

 

1. Crying.

2. I'll Be There (If You Ever Want Me).

3. Starbound.

4. Rock and Roll Records.

5. The Old Man and Me.

6. Everlovin' Woman.

7. Cajun Moon.

8. I'd Like To Love You Baby.

9. Anyway The Wind Blows.

10. Precious Memories.

11. Okie.

12. I Got The Same Old Blues.

 

J.J. Cale:chant,guitare,slide guitare.

Paul Davis,Harold Bradley,Grady Martin,Reggie Young:guitare.

Weldon Myrick:steel guitare.

Mike Leech,Tommy Cogbill,Tim Drummond,Joel Green:basse.

Red Spivey,Jerry Smith,Pig Robbins,Jerry Whitejurst,Beegie Cruzer:piano.

Kenny Malone,Karl Himmel,Terry Perkins:batterie.

Farrel Morris:percussions.

George Tidwell:trompette.

Dennis Goode:trombone.

Billy Puet:saxophone.

LP Studio 4 - 1976

 

J j cale troubadour 1976

 

J.J. CALE

TROUBADOUR - 1976  5/5

 

Publié en 1976.

Produit par Audie Ashworth.

Durée:36:11.

Label:Polygram International-Mercury.

 

Les boules !

 

Il avait 74 ans. J.J Cale vient de s’éteindre en Californie des suites d’une attaque et pour le coup, oui, j’ai, 1, les boules depuis une heure que la nouvelle est tombée sur les écrans, 2, les jetons. Les boules, parce que le père du Tulsa Sound, ce blues teinté de country, de jazz, de folk qu’il véhiculait d’une  façon inimitable et bien propre à lui dans les 70’s, s’en est allé, il va falloir s’y habituer. L’auteur de Cocaine et inspirateur de nombreux artistes (Marc Knopfler pour le groove et Eric Clapton, Lynyrd Skynyrd, Johnny Cash, Brian Ferry, le Band, Allman Brothers, Waylon Jennings, Poco, Jerry Garcia Band, Kansas, Captain Beefheart, Tom Petty, Santana ou Francis Cabrel chez nous), va nous manquer; c’est une énième légende du rock qui disparait, même si ce dernier a toujours récusé ce statut et a de tout temps été moins connu que ses morceaux. 2, j’ai les jetons, parce que les prochains sur la liste à être convoqués en haut lieu selon les règles de la nature, ce sont les sujets de ma génération. La ligne d’arrivée n’est pas loin, on voit les tribunes au fond de la ligne droite, n’est-il point mes chers congénères ? A l’allure où nos idoles foutent le camp, que va-t-il nous rester ?

Sauvé de l’oubli par Eric Clapton, en 1970, qui reprend à son compte After Midnight, écrit dans les années 60, pour en faire un hit (sans que J.J en soit informé), Cale capitalise sur ce succès pour se lancer dans une carrière solo. After Midnight est un point de départ, un catalyseur pour tout ce qu’il a enchaîné derrière.

Guitariste spécialiste du laid back, du jeu cool, songwriter, chanteur, doublé d’un mec qui touchait sa bille en matière d’ingénierie du son, J.J Cale laisse derrière lui un catalogue pas toujours estimé à sa juste valeur, dans lequel certains ne se sont pas privé de faire leur marché. Remarquez bien que sans ces aides extérieures, le discret J.J Cale aurait croupi dans l’ombre dans laquelle il se réfugiait délibérément. Le Maître, comme l’appelait Eric Clapton, affiche seize LP studios au compteur dont le point d’orgue est Troubadour (1976) qu’il a signé de sa main dans son intégralité, à un titre près. Quel meilleur hommage rendre à cet artiste que de le faire via ce disque magnifique, son meilleur.

J.J Cale avait un style bien particulier, tout en décontraction, en douceur ; sa musique paresseuse, langoureuse mais inspirée, incitait à tirer sa flemme et à remettre à plus tard l’activité du moment. A défaut de connaître J.J Cale, on connaissait sa musique, à propos de laquelle certains détracteurs avançait, à tort, qu’elle était toujours la même ; on reconnaissait ce style nonchalant, ce jeu de guitare (et cette technique) qui caressait les cordes, cette voix légèrement nasale, feutrée, souvent marmonnée. Concerts au compte-goutte, présence rare dans les médias ou sur les plateaux de TV, celui que Clapton admirait le plus au monde, a préféré laisser aux autres la faculté de faire du succès avec ses chansons. Encore heureux qu’il ait pu décrocher un Grammy Award pour son duo avec Clapton (Road To Escondido – 2006), sans quoi sa carrière, pourtant très chargée et très riche, serait proche du zéro pointé, ce qui eut été une grosse injustice, croyez m’en. John Weldon Cale, auteur de tubes planétaires et que Neil Young considérait comme le meilleur guitariste avec Hendrix, était ainsi fait qu’il préférait tracer son chemin en solitaire, au risque de ne pas avoir de retour sur investissement. Simple, humble et en dépit de tout cela, accessible, celui dont Bertrand Blier a utilisé les chansons pour son film de 83, La Femme de Mon Pote, fuyait la notoriété comme le choléra et avait en horreur de prendre l’avion. Il ne vivait pas non plus reclus comme certaines langues de vipère le prétendent souvent. Les mêmes sans doute, qui véhiculent à son endroit une image de cossard qu’il n’a jamais été.

Cale l’équilibré, nommé J.J pour la scène afin de ne pas le confondre avec John du Velvet Underground, a démarré son parcours en solo avec Naturally, en 1972 ; il se referme désormais et pour toujours sur Roll On publié en 2009. Sa dernière implication restera fixée à 2013 où il apparaît en duo sur Angel (paroles et musique de Cale) avec Clapton (Old Sock). Entre ces deux dates, plus d’une quinzaine d’albums et deux fois plus de contributions sur ceux de ses potes (Leon Russell, Bob Seger, Maria Muldaur, Paul Simon, Art Garfunkel, Neil Young, John Hammond, , Tony Joe White, Eric Clapton et même Eddy Mitchell en 78) alimentent le parcours artistique régulier et solide de ce barde. Il aura duré plus de 5 décennies. Il n’est pas dit que cette longévité aurait été la même s’il n’avait pas fait preuve de cette fabuleuse modestie, de cette légendaire discrétion qui l’a poussé jusqu’à ne jamais faire apparaître sa photo sur quelque LP que ce soit. On ne pouvait pas changer Cale, il prenait les choses comme elles arrivaient, sans prise de tête ni contrainte, et ça lui allait très bien.

Troubadour ? J’y viens. C’est le quatrième du catalogue de Djay Djay, celui sur lequel figure le stellaire Cocaine immortalisé par Clapton et celui qui l’a fait connaître auprès du grand public. Mais pas que. A ce stade de sa carrière, il commence à émerger en qualité d’auteur-compositeur-interprète, mais n’est pas encore connu de la grande famille du rock, surtout aux States. En France, c’est différent, J.J Cale a rapidement été adopté par le public et Troubadour vient conforter tout le bien que les frenchies pensent de lui. Rarement album de Cale n’aura concentré autant de belles pièces et s’il est album à avoir, c’est celui-là, à l’atmosphère délicieusement changeante, captivant et émouvant du début à la fin, autrement dit de Hey Baby à You Got Me So Bad. C’est l’œuvre de référence de Cale. Savoir qu’il n’y en aura plus d’autres et que sa voix s’est tue, me peine au plus haut point. J’ai oui dire qu’After Midnight pourrait devenir l’hymne officiel de l’Okhlahoma. Si seulement. Allez, salut l’artiste, on pensera encore longtemps à toi (RAZOR©).

 

1. Hey Baby.

2. Travelin' Light.

3. You Got Something.

4. Ride Me High.

5. Hold On.

5. Cocaine.

6. I'm A Gypsy Man.

7. The Woman That Got Away.

8. Super Blue.

9. Let Me Do It To You.

10. Cherry.

11. You Got Me So Bad.

 

J.J. Cale:chant,guitare,piano.

Charles Dungey,Tommy Cogbill:basse.

Joe Osborn,Bill Raffensberger:basse.

Karl Himmel,Kenny Buttrey,Buddy Harmon:batterie.

Jimmy Karstein,Kenny Malone:batterie.

Gordon Payne,Chuck Browning:guitare.

Reggie Young,Harold Bradley,Bill Boatman:guitare rythmique.

Lloyd Green,Buddy Emmons:steel guitare.

Audie Ashworth,J.I. Allison,Farrell Morris:percussions.

Bobby Woods,Bill Purcell:piano.

George Tidwell:trompette.

LP Studio 5 -1979

 

J j cale 5

 

J.J. CALE

5 - 1979

 

Publié en août 1979.

Produit par Audie Ashworth,J.J.Cale.

Durée:37:41.

Label:Polygram International-Mercury.

 

1. Thirteen Days.

2. Boilin' Pot.

3. I'll Make Love To You.

4. Don't Cry Sister.

5. Too Much For Me.

6. Sensitive Kind.

7. Friday.

8. Lou-Easy-Ann.

9. Let's Get To Tahiti.

10. Katy Kool Lady.

11. Fate Of A Fool.

12. Mona.

 

J.J. Cale:chant,guitare,piano,basse,batterie.

Christine Lakeland:chant,guitare,piano,orgue,claviers,percussions,choeurs.

Sherry Porter:choeurs.

Bill Boatman:guitare électrique.

Bill Lenner,William Kenner,Bill Kenner:mandoline.

Sheldon Kurland,Cam Mullins,Roy Christensen,Carl Gorodetzky,Marvin Chantry:cordes.

Don Sheffield,George Tidwell:trompette,cor.

Dennis Good:trombone,cor.

Terry Williams:cor.

David Briggs:piano,claviers.

Larry Bell:piano électrique,claviers.

Farrell Morris:vibraphone,batterie,choeurs.

Nick Rather,Billy Cox,Carl Radle:basse.

Jim Karstein:batterie,congas.

Kenny Buttrey,Karl Himmel,Buddy Harmon:batterie.

DISCOGRAPHIE 2000.

LP Studio 14 - 2009

 

J j cale roll on 2009

 

J.J CALE

ROLL ON – 2009  4/5

 

Publié le 24 février 2009.

Produit par Mike Kappus.

Durée:41:04.

Label:Rounder Records.

Genre:Americana,roots rock,blues,Tulsa Sound.

 

Rest in Peace, Djay Djay.

 

“Enough is enough, can’t do it no more, bring down the curtain, bring down the curtain, bring down the curtain, close the door”

Ce qui donne en français : « c’est assez, je n’en peux plus, baisse le rideau, baisse le rideau, baisse le rideau, ferme la porte. » C’est par ces mots que s’achève le dernier titre de l’album Roll On de J.J Cale, sorti en 2009. Son dernier LP studio. Le rideau s’est baissé, la porte s’est refermée, la guitare s’est tue, J.J Cale n’est plus.

Roll On (en écoute intégrale ici) est son quatorzième album, sorti sans faire de vague, comme tout ce qu’il a fait dans sa vie. J’entends déjà certains rabat-joie rabâcher qu’on n’a rien loupé, que, de toute façon, le vieux nous ressert encore, pour la énième fois, la même soupe, à savoir de la musique de feignasse, de traîne-savates, qu’il ferait mieux de laisser la place aux jeunes au lieu de leur faire de l’ombre sur son seul nom. Et puis quoi encore ?

Tas de salopiots, le graal faut aller le chercher. C’est comme le pompon sur le manège, tu sautes pas, t’es baisé. Faut se sortir les doigts du cul, avoir des billes et du talent. Cale, c’est un Do It Yourself qui s’est fait à l’huile de coude et ses disques « doigts de pieds en éventail », j’en r’demande. C’est le style maison, le Tulsa Sound. Mieux, c’est un label qui a influencé le rock dans toute sa diversité. Alors respect quand on évoque le gaillard sur sa dépouille encore fumante…

Roll On mérite qu’on s’y attarde quelques minutes, par respect pour un homme (et un artiste) qui sera regretté de beaucoup et qui jouait la musique qui lui ressemblait au mépris des flashs et des royalties. On peut lui arguer de se répéter et de n’être jamais sorti de ce registre plan-plan.

 Et alors, il est le seul ? Même sans dévier de sa ligne de conduite, en se complaisant cinq décennies dans le laid back, en sonnant quasi à l’identique, le cow-boy solitaire a construit certaines des plus belles pages du rock et parvient même encore à surprendre comme sur cet album, son ultime, et c’est dur de s’imaginer que s’inscrit là la dernière ligne de son répertoire de vivant.

Il aurait pu se prélasser dans un hamac jusqu’à son dernier souffle, lui a décidé de continuer à faire le seul truc qui le fasse bander quand il se lève : de la musique. Celle qu’il aime et qu’il fait si bien. Et on voudrait le lui reprocher ? Faut pas pousser mémère dans les orties, elle est en short !

N’en déplaise aux détracteurs, Roll On ne dépare pas dans son catalogue ; le charme de sa musique opère inlassablement et ramène une fois de plus à ce qui est sa marque de fabrique depuis Naturally (72), un mix de swing, de country, de folk, de blues et de jazz.

En 2009, Cale étonne encore et surtout avec Who Knew, un scat nonchalant, ou Former Me, un peu plus audacieux que la norme. Pour le reste, ça coule de source. C’est du Cale. Du Djay Djay, du classique, auquel il est difficile de reprocher quoi que ce soit. Surtout pas de piquer la place aux djeunes. Mais maintenant que la voie est libre, on va pouvoir juger. Le rideau s’est baissé, la porte s’est refermée, la guitare s’est tue, Cale n’est plus, Paix à son âme (RAZOR©).

 

1. Who Knew.

2. Former Me.

3. Where the Sun Don't Shine.

4. Down to Memphis.

5. Strange Days.

6. Cherry Street.

7. Fonda-Lina.

8. Leaving in the Morning.

9. Oh Mary.

10. Old Friend.

11. Roll On.

12. Bring Down the Curtain.

 

J.J. Cale:chant,guitare,autres instruments.

David Teegarden:batterie.

Christine Lakeland,Steve Ripley:guitare acoustique.

David Chapman,Mark Leonard,Bill Raffensperger:basse.

Jim Karstein,Jim Keltner:batterie.

Walt Richmond,Glen Dee:piano.

Rocky Frisco:claviers.

Shelby Eicher:mandoline.

Jim Markham,John “Juke” Logan:harmonica.

Don White,Eric Clapton:guitare.

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